L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège a été le premier orchestre belge à proposer une œuvre symphonique générée par l’IA et attribuée à un compositeur lui aussi virtuel. Cette création d’un certain Isidore Archambault a été présentée pour la première fois au public le… 1er avril.
Vous ne connaissez certainement pas Isidore Archambault, compositeur canadien de la fin du XIXe siècle, dont une des créations inédites a été jouée, pour la première fois, ce mercredi 1er avril par l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège. Pas étonnant, car ce musicien n’existe pas et a été créé grâce à l’intelligence artificielle, tout comme son répertoire, ses photos et son portrait impressionniste.
La création virtuelle de ce compositeur et d’une de ses œuvres sont une initiative de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège dans le cadre de sa série de concerts « Music Factory : What the Fake ? » qui propose de « faire mieux connaissance avec les copieurs, tricheurs et autres faux et usages de faux en musique symphonique, de l’époque baroque à nos jours ». À cet effet, Robert Coheur, le directeur de la programmation de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège et Christelle Heinen, bibliothécaire de la formation belge, ont demandé à une application IA de créer un morceau et le nom de son compositeur.
Isidore Archambault serait né à Montréal dans une famille de luthiers
Le prompt (requête) soumis à l’outil IA était assez précis : « Serais-tu capable de générer un morceau de musique classique d’environ 3’30 comprenant l’effectif instrumental suivant : 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 cors, 2 trompettes, 2 trombones, timbales, 2 percussions, section de cordes. Le morceau doit être dans un style romantique mais joyeux ». Après plusieurs échanges, Google AI et l’application Suno IA ont soumis le fichier audio de Dawning Dance (La Danse de l’Aube), un morceau de 4’20 qu’il a fallu ensuite transcrire sur une partition afin qu’il puisse être interprété par les 60 musiciens de l’orchestre les 1er et 2 avril dans la Salle Philharmonique de Liège à 18h30.
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Et c’est l’outil IA qui a eu l’idée d’associer un compositeur virtuel à cette création musicale. Si le nom d’Isidore Archambault fait référence à une fratrie existante d’artistes québécois, membres du groupe musical Mes aïeux, ses initiales, IA, sont un clin d’œil à cette création numérique qui nous indique que ce musicien serait né à Montréal en 1874 dans une famille de luthiers, et a été formé au Conservatoire de Paris.
L’IA s’est montrée particulièrement imaginative pour étoffer la biographie d’Isidore Archambault qui aurait été un compositeur contemporain avant-gardiste, vivant reclus dans un appartement rempli d’automates musicaux. Une passion pour la mécanique sonore qui aurait nourri une rumeur selon laquelle ses dernières œuvres n’auraient pas été écrites par lui, mais par une « machine à composer » de son invention. Une préfiguration ironique de… l’Intelligence Artificielle.
Philippe Gault
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