Mort de Milan Kundera, l’écrivain-musicien qui savait composer avec les mots

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L’écrivain franco-tchèque Milan Kundera, l’une des plus grandes plumes de la littérature mondiale, est mort mardi après-midi à 94 ans à Paris, a annoncé son éditeur Gallimard. L’auteur de L’insoutenable légèreté de l’être et de La Plaisanterie, dont le père était musicologue, a toujours placé la musique au cœur de sa vie et de son œuvre.

« Voici venu le temps de la valse aux adieux. Milan Kundera nous a quittés. Creuser le sillon de sa vie discrète ne serait pas lui rendre hommage, lui qui, éminemment libre, revendiquait le droit de s’abstraire de la pesanteur des choses, de construire dans les interstices d’un réel trop fissuré, absurde, des fictions sur la possibilité pour + l’homme, ce vaste jardin + d’être heureux« , a réagi la ministre française de la Culture Rima Abdul Malak dans un communiqué.

Peintre sarcastique de la condition humaine, dans ses dimensions politiques, amoureuses et érotiques, Milan Kundera était l’un des rares auteurs à être entré de son vivant dans la prestigieuse collection française de La Pléiade, et a été traduit dans une cinquantaine de langues.

Le père de Milan Kundera était musicologue

Né tchécoslovaque le 1er avril 1929, déchu de cette nationalité avant de devenir tchèque sur le tard, Milan Kundera était naturalisé français depuis 1981.

Immense homme de lettres, ce défenseur de la liberté qui a connu le communisme était destiné, comme ses parents, à une carrière de musicien. Milan Kundera fut d’abord un romancier mélomane. Ses premiers textes, des poèmes rédigés en tchèque, sont composés comme des sonates.

Beethoven au cœur de L’insoutenable légèreté de l’être

Fils de Ludvík Kundera, célèbre musicologue et pianiste reconnu, recteur de l’Académie Janáček de musique et des arts de la scène de Brno, Milan Kundera fut initié au piano dès son plus jeune âge et la musique compta beaucoup dans sa vie et dans son œuvre.

Ainsi, dans son roman le plus connu, L’insoutenable légèreté de l’être (1984), Milan Kundera avait placé les amours de son héros Tomas sous le signe du 16e quatuor de Ludwig van Beethoven que Tereza lui avait fait écouter.

Milan Kundera comparait l’écriture à la composition musicale

L’écrivain-musicien s’inspire également de la forme des variations pour écrire ses romans. Ainsi, l’œuvre de Beethoven est-elle également au cœur du roman Le Livre du rire et de l’oubli (1978), dans lequel Milan Kundera rend hommage au compositeur allemand et à son influence sur la musique occidentale.

Dans Les testaments trahis (1993), Milan Kundera évoque les répertoires d’Igor Stravinsky, de son compatriote Leoš Janáček mais aussi d’Arnold Schoenberg pour expliquer la mystérieuse parenté entre l’art du roman, auquel est consacré cet essai, et la musique.

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Dans Le Livre du rire et de l’oubli, à propos de la musique, Milan Kundera écrit : « Voici ce que papa me racontait quand j’avais 5 ans. Chaque tonalité est une petite cour royale. Le pouvoir y est exercé par le roi qui est flanqué de deux lieutenants. Ils ont à leurs ordres quatre autres dignitaires dont chacun entretient une relation spéciale avec le roi et ses lieutenants. En outre, la cour héberge cinq autres notes qu’on appelle chromatiques. Elles occupent certainement une place de premier plan dans d’autres tonalités, mais elles ne sont ici qu’en invitées. Parce que chacune des douze notes a une position, un titre, une fonction propre, l’œuvre que nous entendons est plus qu’une masse sonore elle développe devant nous une action. »

Philippe Gault (avec AFP)

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