Décés de Claude Bessy, la « Bardot de la danse »

Légende : Francette Levieux/OnP

L’ex-danseuse étoile Claude Bessy, est morte ce jeudi à l’âge de 93 ans. Directrice de l’École de danse de l’Opéra de Paris pendant plus de 30 ans, elle aura révolutionné l’enseignement, propulsant les « petits rats » à un niveau d’excellence inégalé.

Née le 21 octobre 1932 à Paris, Claude Bessy, de son vrai nom Claude Durand, entre à neuf ans au Théâtre national de l’Opéra. Elle passe les années de guerre au Palais Garnier, qui abritait encore l’École de danse (transférée en 1987 à Nanterre). En 1946, elle est engagée dans le corps de ballet de la compagnie. L’année d’après, elle est remarquée par l’immense chorégraphe George Balanchine, qui lui confie son premier rôle dans Sérénade de Piotr Ilitch Tchaïkovski .

L’ancienne danseuse se produira dans les années 50 et 60 avec l’Opéra sur les scènes du monde entier. Beauté blonde, physique atypique car grande pour ses partenaires, elle s’irritait du surnom qu’on lui donnait, « Bardot de la danse ». « J’en avais marre de n’entendre parler que de mon physique. Un jour, j’ai dit à l’un des directeurs: « Si ça continue comme ça, je quitte l’Opéra pour les Folies-Bergère. Je m’emmerderai moins et je gagnerai plus d’argent », avait-elle déclaré à L’Express en 2004.

Elle avait dit non à Gene Kelly

Claude Bessy doit sa formation artistique à Serge Lifar, grand seigneur de la danse française, dont elle crée ou interprète les principaux ballets: Cinéma, Les mirages, les Noces fantastiques. En 1956, c’est lui qui la nomme danseuse étoile. Trois ans plus tôt, Gene Kelly, l’ayant vue sur la scène de l’Opéra, lui propose une audition en vue de son prochain film, Invitation à la danse. Elle décline le contrat de la MGM, ne souhaitant pas devenir comme Leslie Caron, qui avait abandonné sa carrière de danseuse pour Hollywood.

Une méthode de travail rigoureuse mais critiquée

Victime d’un très grave accident de voiture en 1967, Claude Bessy remonte sur scène huit mois plus tard, notamment dans le Boléro de Maurice Ravel chorégraphie par de Maurice Béjart. Elle est nommée directrice du Ballet de l’Opéra en 1970 puis, deux ans plus tard, directrice de l’Ecole de Danse. C’est durant son mandat (1972-2004) qu’ont été formées les plus grandes étoiles françaises du XXe siècle, comme Patrick Dupond, Sylvie Guillem, Marie-Claude Pietragalla ou encore Laurent Hilaire.

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Claude Bessy change profondément l’enseignement au sein de l’institution créée par Louis XIV. Elle instaure le travail à mi-temps (danse le matin, études générales l’après-midi) et ajoute à l’enseignement du classique des cours de danse de caractère, de folklore, de mime et de jazz. La fin de sa carrière de directrice est entachée d’accusations liées à sa méthode de travail. En 2002, un rapport établi à la demande de syndicats de l’Opéra fait l’effet d’une bombe: il met en cause « le déni de douleur », des « atteintes à la dignité » et une « discipline de terreur psychologique » à l’École.

« Autrefois on entrait en danse comme en religion »

Claude Bessy se dira « écœurée » par ces accusations. « Moi, j’ai été élevée à la baguette. Aujourd’hui, quand tu fais une connerie, il n’y a plus de sanctions. Autrefois, on entrait en danse comme en religion. Je vois bien que les enfants d’aujourd’hui ont du mal à accepter l’effort »,affirmera-t-elle encore.

Deux fois divorcée, bardée de décorations et de prix français et internationaux, Claude Bessy a été également chorégraphe, actrice dans plusieurs films de danse et autrice de livres comme Danseuse Etoile ou La Danse et l’Enfant.

Philippe Gault (avec AFP)

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