Jean Pisani-Ferry, l’économiste chéri de l’aile gauche de la Macronie

Luigi Mistrulli/SIPA

Le rapport publié par Jean Pisani-Ferry qui préconise « un impôt exceptionnel et temporaire » sur les ménages les plus aisés pour financer la transition écologique avait été écarté par le gouvernement. Mais, cette semaine, l’économiste devrait échanger à plusieurs reprises avec des députés de l’aile gauche de Renaissance.

Pourtant écartées, les propositions de Jean Pisani-Ferry vont finalement être écoutées par certains parlementaires. Mardi après-midi, puis mercredi matin lors d’un petit déjeuner à la questure, il est en effet invité à échanger par des députés de l’aile gauche de Renaissance.

Dans un récent rapport, l’économiste qui avait corédigé le programme d’Emmanuel Macron en 2017, juge qu’il faut trouver 60 à 70 milliards d’euros par an à l’horizon 2030 pour financer la transition écologique.

« Un impôt exceptionnel » sur les ménages les plus aisés pour financer la transition écologique

Pisani-Ferry préconise pour cela de mettre en place « un impôt exceptionnel et temporaire, assis sur le patrimoine financier des 10 % de ménages les plus aisés », mais aussi de creuser la dette. Propositions écartées illico presto par le gouvernement mais aussi par le président de la République dans le cénacle du Conseil des ministres.

Et pour cause ! Elles sont en contradiction totale avec deux principes sans lesquels la politique de l’offre défendue par Emmanuel Macron ne peut être tenue, à savoir : ne pas augmenter les impôts et réduire la dette.

« Tout ce qui vient parasiter cette ligne nous fait perdre en clarté et donc, perdre tout court », me confiait récemment un ministre. A cet égard, la démarche des députés de l’aile gauche ne va pas aider à la clarté. Au contraire, c’est la confusion qui risque de s’installer.

Le débat fiscal, une anicroche au sein de la majorité

Ce débat montre que la Macronie est en pleine lutte d’influence, entre majorité relative, président empêché de se représenter et remaniement en perspective. Chacun veut poser des jalons pour la suite et peu importe si cela vient polluer l’action. Ces comportements, qui ont souvent lieu en fin de mandat, font irruption alors qu’il reste 4 ans. Ils ne seront pas sans conséquences.

L’un de ceux qui ont initié le petit déjeuner de mercredi avec Pisani-Ferry me disait : « Nous ne sommes pas les gauchos du groupe, mais nous voulons retrouver l’état d’esprit des origines, celui de 2017 ». Sauf que 2017 n’est pas 2023 ! Dans une société de plus en plus polarisée, avec des populistes présents en masse à l’Assemblée, la notion de dépassement politique complexifie un message qui, de fait, perd en efficacité.

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Surtout quand ce dépassement sert en réalité de prétexte pour faire vivre les tiraillements internes à la majorité. Immigration, financement de la transition écologique, les sujets de discorde sont en train de s’accumuler au risque d’entraîner la paralysie. Aile gauche et aile droite se disputent l’héritage alors que l’heure est toujours à le constituer, pas à le partager.

David Doukhan 

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