Abaya : « un salafisme d’atmosphère qui ne vient pas des mosquées mais des réseaux sociaux », analyse Gilles Kepel

YASSINE MAHJOUB/SIPA - Image d'illustration

L’interdiction de l’abaya à l’école est-elle légale ? Le Conseil d’Etat doit se prononcer sur cette question dans les prochaines heures, après un recours d’une association musulmane dénonçant une décision discriminatoire. Le politologue Gilles Kepel a livré son analyse de la situation au micro de David Abiker sur Radio Classique.

Il y a 20 ans, sous la présidence de Jacques Chirac, la Commission Stasi avait donné naissance à la loi de mars 2004 sur la prohibition des signes religieux ostentatoires dans l’espace scolaire financé par les deniers publics (public et privé sous contrat). Aujourd’hui, « on est dans un cas de figure identique », estime Gilles Kepel, qui fut membre de cette commission, et rappelle qu’à l’époque, l’UOIF, « les Frères musulmans », avaient reculé.

La loi n’avait pas donné lieu à une vague de contentieux juridiques. Que vont décider les Sages du Conseil d’Etat ? Le spécialiste de l’Islam ne peut « pas préjuger », mais souligne une similitude entre la situation de 2003 et celle d’aujourd’hui.

Les salafistes, puissants et structurés il y a 20 ans, ont perdu une partie de leur financement

Il voit dans cette volonté de certains de faire entrer l’abaya à l’école, « un test, un crash test pour la laïcité française », au sein d’un lieu central de la République : celui de l’Education. Et ce phénomène ne vient pas tant des mosquées, souligne-t-il, que des réseaux sociaux.

Si les salafistes sont politiquement affaiblis, en raison notamment d’un financement du Qatar réduit à peau de chagrin, culturellement, ils infusent. « Un Salafisme d’atmosphère qui se manifeste à travers un usage très important des réseaux sociaux » note l’auteur du livre Prophète en son pays (éd. De L’Observatoire).

Béatrice Mouedine

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