BRUCH Max – biographie

(1838-1920) Epoque Romantique

La personnalité artistique de Max Bruch se traduit par un attachement viscéral à la tradition germanique et une aptitude à embrasser tous les genres. Ce natif de Cologne s’inscrit dans la mouvance de Johannes Brahms, à qui il écrit à 26 ans une lettre ayant valeur de credo où s’affirme son appartenance aux musiciens « refusant de se laisser aller aux errements modernes ». Enfant prodige, auteur prolifique de symphonies, d’opéras, de concertos et de musiques de chambre, Max Bruch composa avec une régularité et un artisanat qui lui valurent en son temps tous les honneurs.

 

Max Bruch en 10 dates :

  • 1838 : Naissance à Cologne
  • 1852 : Reçoit une bourse de la Fondation Mozart à Francfort-sur-le-Main
  • 1858 à 1861 : Enseigne la musique à Cologne et fait représenter son premier opéra, Scherz, List und Rache, d’après Goethe
  • 1865 à 1867 : Maître de chapelle à Sondershausen.
    Concerto pour violon et orchestre n° 1 op. 26
  • 1868 : Symphonie n° 1, dédiée à Brahms
  • 1880 : Fantaisie écossaise pour violon et orchestre, dédiée à Pablo de Sarasate
  • 1881 : Kol Nidrei pour violoncelle, harpe et orchestre, sous-titré « Adagio sur des mélodies hébraïques »
  • 1891 à 1910 : Professeur de composition à la Hochschule für Musik de Berlin
  • 1911 : Huit Pièces pour clarinette, alto et piano op. 83, Concerto pour clarinette, alto et orchestre op. 88
  • 1920 : Mort à Berlin

Bruch cumule rapidement les activités de compositeur, professeur de musique et chef d’orchestre

Natif de Cologne, Max Bruch prend ses premières leçons avec sa mère et commence à composer des œuvres d’une certaine importance dès l’âge de 11 ans. A 20 ans, son catalogue se voit déjà crédité d’une première tentative dans le genre symphonique et d’un opéra comique, Scherz, List und Rache (publié comme son opus 1). Il poursuit sa formation à Bonn, à Cologne et à Leipzig, avant qu’un Bildungsreise (« voyage d’étude ») de Berlin à Munich en passant par Vienne et Dresde n’élargisse son horizon musical. Son opéra Die Lorelei est créé à Mannheim en 1863. A la même époque, il complète une cantate pour voix d’hommes appelée à un grand succès en Allemagne : Frithjof-Szenen, op. 23. Si Bruch commence sa carrière comme professeur de musique, enseignant son art à Cologne de 1858 à 1861, il fait bientôt parler de lui en tant que chef d’orchestre dans toute l’Allemagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

 

Insatisfait par la création de son Concerto pour violon à Coblence, Bruch révise sa partition en sollicitant les conseils du violoniste Joseph Joachim

Entre 1865 et 1867, Bruch est directeur musical d’une société de concerts à Coblence, puis devient Hofkapellmeister à Sondershausen. De cette époque, date son œuvre la plus célèbre aujourd’hui, le Concerto pour violon n° 1 en sol mineur op. 26. Cela tient sans doute à son écriture idiomatique pour l’instrument, même si sa genèse ne fut pas simple : insatisfait par la création à Coblence, Bruch révise sa partition en sollicitant les conseils avisés du grand violoniste Joseph Joachim, lequel donne en concert la version définitive le 5 janvier 1868. Le début d’une carrière éblouissante, comme le compositeur s’en félicite dans une lettre adressée au chef Hermann Levi : « Le Concerto commence une fabuleuse carrière. Joachim l’a joué à Brême, Aix-la-Chapelle, Hanovre et Bruxelles, il va le jouer bientôt à Copenhague, et au Festival de Cologne à la Pentecôte, ce qui me fait très plaisir. Leopold Auer le fait le 17 à Hambourg, Ludwig Strauss en mai à Londres, Ferdinand David à Leipzig, Léonard et Vieuxtemps l’ont commandé — bref, ça avance brillamment ! »

 

Les dernières années de sa longue vie sont marquées par une pluie d’honneurs

Hermione, son opéra d’après Le Conte d’hiver de Shakespeare, voit le jour à Berlin en 1870, avant que Bruch n’entame une série de voyages qui le conduisent en Angleterre où l’attend, trois années durant, le poste de chef de la Philharmonie de Liverpool (1880-83). A cette occasion, il compose deux œuvres qui remportent un grand succès : la Fantaisie écossaise pour violon et orchestre, inspirée par le folklore local ; et Kol Nidrei, longue méditation au violoncelle bâtie sur deux mélodies hébraïques destinée à la communauté juive de la ville. Nommé professeur de composition à la Hochschule für Musik de Berlin en 1891, Bruch complète en 1911 ses Huit Pièces pour clarinette, alto et piano, sans doute le joyau de sa production chambriste. Une pluie d’honneurs marque les dernières années de sa longue vie : Docteur honoris causa de l’Université de Cambridge (1893), Membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts à Paris (1898), Bruch reçoit en 1918 le titre honorifique de Docteur en philosophie de l’Université de Berlin.

 


Final « Allegro energico » du Concerto pour violon n° 1 (Pinchas Zukerman, Orchestre Philharmonique d’Israël, dir. Zubin Mehta)

 

 

Maître de l’harmonie, du contrepoint et de l’instrumentation, Bruch était partisan d’un romantisme modéré

La liste complète des œuvres de Max Bruch comprend quelque 200 numéros d’opus, incluant symphonies, opéras, concertos, oratorios et pièces de musique de chambre. Modèle accompli d’un romantisme modéré, sa musique se distingue par sa cohésion formelle et son écriture finement ouvragée. Quant à la veine mélodique, ses inflexions vocales (Bruch adorait la voix humaine, son « instrument » préféré) lui garantissent un charme particulier : amples lignes au galbe généreux et aux intervalles chantants évoluant sur un rythme calme et une harmonie sans détours. Son métier irrépréhensible fut aussitôt perçu comme un modèle par ses successeurs. Compositeur académique pour les uns, génie méconnu pour les autres, Max Bruch est demeuré, jusqu’à sa mort en 1920, d’une indéfectible fidélité au style de Johannes Brahms dont il a brillamment perpétué la tradition.

 

Jérémie Bigorie

 

Découvrez plus de compositeurs