TF1 fusionne avec M6 : l’opération ira-t-elle jusqu’au bout ?

Guilhem Vellut/wikimedia commons

TF1 devrait annoncer aujourd’hui le rachat de 30% du groupe M6. Cela fait des mois que Bertelsmann, qui contrôle ce géant de la télé et de la radio en France avec des actifs comme M6 et RTL a annoncé qu’il était vendeur. Et cela fait des semaines que TF1 est le favori, car Bertelsmann défend depuis le début une opération de consolidation.

TF1-M6 : Un colosse qui va contrôler plus de 70% du marché publicitaire de la télévision

C’est pour cela qu’on parle plus de fusion que de vente pure et simple. Les deux groupes estiment qu’avec l’émergence des géants du digital comme Netflix ou Google, le monde des médias a changé. Il faut des acteurs beaucoup plus gros dans chaque pays pour pouvoir résister. En France il s’agit donc de rapprocher les deux géants de la télévision gratuite et Bertelsmann resterait actionnaire à hauteur de 16% de cet ensemble dont TF1 aurait 30%.

 

A lire aussi

 

Economiquement, vous créez un colosse qui va contrôler plus de 70% du marché publicitaire télévisuel. Vous aurez un groupe qui sera plus riche et donc mieux armé pour générer des synergies, produire des séries, acheter des émissions, se développer sur Internet ou investir dans l’information qui n’est pas très rentable. Ca créera un groupe petit à l’échelle mondiale mais incontournable en France. Depuis des années, l’audience des chaînes télé s’effrite, se fragmente, car l’offre est de plus en plus diversifiée. Là ça recrée un vrai champion qui pourra négocier en position de force avec les annonceurs comme avec les producteurs.

 

Les politiques pourraient redouter la puissance d’un groupe si incontournable

Il y a seulement trois ou quatre ans ce mariage aurait été totalement inenvisageable, aujourd’hui la donne a un peu changé. C’est vrai que la concurrence dans l’audiovisuel n’est plus domestique. Les programmes sont mondiaux et voyagent par Internet. Pour la publicité, la télévision reste un média majeur mais le digital représente désormais la moitié des dépenses publicitaires et l’essentiel de la croissance est dans ce secteur. TF1 et M6 peuvent donc dire que le marché pertinent n’est pas celui de la publicité télé mais celui de la publicité globale, et si on prend le marché dans son ensemble ils ne sont plus si dominants.

 

A lire aussi

 

Ils peuvent aussi faire valoir qu’à l’heure des fakes news, ils proposent une information sérieuse. Mais en même temps, ce sont des groupes qui restent rentables et leur mariage potentiel va faire peur aux annonceurs qui ont besoin de la télé, aux producteurs qui veulent plus de concurrence et peut-être aux politiques qui pourraient redouter la puissance d’un groupe si incontournable. On est parti pour une opération qui va prendre au moins 18 mois et qui pourrait ne pas aboutir car pour être autorisée, la fusion passera par ce qu’on appelle des “remèdes”, des mesures pour préserver la concurrence qui pourraient faire perdre de son intérêt à l’opération.

David Barroux

 

 

Retrouvez le Décryptage Economique