Riccardo Muti : « Je suis fatigué de la vie, c’est un monde dans lequel je ne me reconnais plus »

Riccardo Muti n’est pas avare de déclarations publiques quand il s’agit de commenter l’actualité de la vie musicale, en revanche, il se confie rarement sur sa carrière et ses émotions personnelles. À un mois (le 28 juillet) de ses 80 ans, le maestro italien a accordé un entretien au Corriere Della Sera dans lequel il n’élude aucun sujet même la fin de sa vie.

Riccardo Muti : « Comme je ne peux pas attendre que le monde s’adapte à moi, je préfère m’en éloigner »

C’est un Riccardo Muti lucide, fataliste et quelque peu désabusé qu’a interviewé Aldo Cazzullo, le journaliste et éditorialiste du Corriere Della Sera. Le chef d’orchestre italien qui fêtera ses 80 ans le 28 juillet avant une dernière apparition en août au Festival de Salzbourg mais sans l’Orchestre Symphonique de Chicago dont il quittera la direction musicale en 2022.

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Un départ de l’orchestre américain qui sonne comme une fin de carrière pour le maestro napolitain à la baguette depuis 55 ans. Riccardo Muti se dit « fatigué de la vie », ajoutant « C’est un monde dans lequel je ne me reconnais plus. Et comme je ne peux pas attendre que le monde s’adapte à moi, je préfère m’en éloigner. Comme il est dit dans Falstaff de Giuseppe Verdi: Tout décline ».

 

Riccardo Muti : « Aujourd’hui, de nombreux chefs d’orchestre utilisent l’estrade pour des gesticulations excessives »

Riccardo Muti remonté par l’éducation, « pas assez stricte » de la nouvelle génération et particulièrement dans le domaine musical. Selon lui « La direction d’orchestre est devenue une profession de convenance, de commodité. Souvent, les jeunes arrivent au pupitre sans avoir fait de longues et sérieuses études. Ils s’attaquent à des œuvres monumentales au début de leur activité professionnelle, en se basant sur l’efficacité des gestes, parfois sur la gesticulation (…). Des gesticulations de spectacle excessives, pour tenter de capter un public plus attiré par ce qu’il voit et moins parce qu’il entend ».

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Dans cet entretien au Corriere Della Sera, Ricardo Muti avoue également qu’il est inquiet pour l’avenir de l’opéra, surtout en Italie, et pas seulement en raison de la crise sanitaire. Pour lui, il y a d’abord « Le coût exorbitant des décors et des costumes, ainsi que le manque de compétence et d’autorité des chefs qui, sauf exceptions, laissent les chanteurs sans guide » et puis, ajoute-t-il « L’Italie regorge de théâtres des XVIIIe et XIXe siècles encore fermés. J’ai dit au gouvernement rouvrez-les, confiez-les aux jeunes, formez de nouveaux orchestres ! Il y a beaucoup à faire si nous voulons que notre patrimoine lyrique, le plus joué au monde, soit considéré comme une source d’éducation et de culture et pas seulement comme une occasion de divertissement agréable ». À la question de savoir s’il craint la mort, le maestro répond « Non, car ce monde va si vite, il submerge tout, même des choses simples, qui sont d’une profonde humanité ».

Philippe Gault

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