Quel est le rapport entre les 2 nouveaux Prix Nobel de littérature et l’opéra ?

Le jury suédois des Nobel a attribué son prix de littérature à l’écrivaine polonaise Olga Tokarczuk pour 2018 et au romancier et dramaturge autrichien Peter Handke pour 2019. Deux écrivains prolixes, dont certaines des œuvres ont inspiré des créations artistiques dans le domaine de l’Opéra.

Olga Tokarczuk a inspiré un opéra et le court-métrage « Aria Diva »

 

 

En 2002 Olga Tokarczuk écrit dans son recueil « Il joue sur de nombreux tambours » une nouvelle intitulée « Ariadna na Naxos », librement inspirée d’un opéra de Richard Strauss (« Ariane à Naxos »), dans lequel elle raconte l’histoire de Basia, bien installée dans sa vie de femme au foyer et entourée d’une famille aimante. Il semble qu’elle ne manque de rien pour être heureuse. Jusqu’au moment où une diva de l’opéra s’installe dans un appartement à l’étage supérieur. Basia est enchantée et séduite par sa voix. Une relation particulière et complexe se noue entre elles (version romancée du mythe de Thésée). C’est à partir de cette nouvelle qu’en 2007, la réalisatrice polonaise Agnieszka Smoczyńska, en collaboration avec Olga Tokarczuk, conçut et réalisa son court-métrage plusieurs fois primé « Aria Diva ». L’an dernier c’est encore une nouvelle de la romancière polonaise, « Anna dans les tombes du monde », qui a attiré l’attention du compositeur Aleksander Novak qui lui a demandé de l’adapter et d’écrire le livret de son opéra « Ahat Ilī – Sister of Gods »,  joué en septembre au Festival Sacrum Profanum à Cracovie.

 

L’opéra de Philipp Glass, « The Lost », basé sur une pièce de Peter Handke

 

 

Plus connu, outre ses romans et ses pièces, pour l’adaptation de ses livres et l’écriture de scénarios pour le cinéma, notamment avec les films réalisés par Wim Wenders (« L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty »,  «Les ailes du désir », « Les Beaux Jours d’Aranjuez »…) ou par lui-même (« L’absence », « La femme gauchère »…), Peter Handke a également inspiré l’opéra « The lost » du compositeur américain Philip Glass, dont La première mondiale a eu lieu en 2013 lors de l’inauguration du nouvel opéra de Linz avec le ténor Jacques le Roux et le baryton Martin Achrainer. Pour cette commande de l’État autrichien, le dramaturge allemand Rainer Mennicken s’est inspiré de la pièce « Die Spuren der Verirrten » (« Les traces des égarés ») écrite par Peter Handke en 2006, dans laquelle on retrouve, en filigrane, des allusions aux mythes d’Oedipe et de Médée et les caractères d’Octavian et de la Maréchale du « Chevalier à la rose », de Richard Strauss qui, décidément, inspire les écrivains nobélisés cette année.

 

Philippe Gault

 

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