Pourquoi la grève du 13 janvier représente un vrai danger pour le gouvernement

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Entre cafouillage sanitaire et campagne présidentielle, cette grève du 13 janvier dans l’Education nationale tombe très mal pour l’exécutif. C’est le premier mouvement social d’ampleur depuis la réforme des retraites. A l’école, la dernière grève était passée totalement inaperçue.

Ecoles : Les nouvelles dispositions sanitaires annoncées le jour de la rentrée, le 3 janvier

C’est surtout le premier mouvement social directement et explicitement tourné contre la gestion de la crise sanitaire par l’exécutif. Et ça, c’est vraiment embêtant pour lui, car on touche à l’aspect de cette gestion de crise dont Emmanuel Macron était le plus fier – et, disons-le, à juste titre – : à savoir la politique de l’école ouverte, maintenue contre vents et marées. Ce fut un choix pertinent et salutaire pour les élèves. Mais tout s’est déréglé avec la mise en place du protocole sanitaire pour faire face au variant Omicron et qui a conduit à ces queues interminables et dans le froid de ces enfants contraints d’aller se faire tester une, deux, trois fois dans les pharmacies, avant que Jean Castex vienne remettre un minimum de bon sens. Le danger politique, il y est là : que l’emblème du succès de la gestion de crise devienne subitement le symbole de son échec.

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Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education, a sa part de responsabilité, mais c’est aussi un bouc émissaire un peu facile. C’est vrai que ce qui a mis le feu aux poudres, c’est l’annonce qu’il a faite des nouvelles dispositions à l’école dans le Parisien daté du lundi 3 janvier, alors que la rentrée scolaire était lundi 3 janvier. Il y a eu un sentiment d’improvisation ou de mise devant le fait accompli qui a mis le feu aux poudres. Même Emmanuel Macron a concédé que la méthode n’était pas la bonne. Le ministre de l’Education attendait un avis de la Haute autorité de santé publique qui a tardé à arriver.

Jean-Michel Blanquer est fragilisé au sein du gouvernement, mais pas menacé

C’est vrai aussi que les mutations du virus obligent à une adaptation, donc à des changements en permanence. Et c’est vrai encore que le problème est sanitaire plus que scolaire, et les décisions de Jean-Michel Blanquer s’inscrivaient dans le cadre maintenu et voulu par Emmanuel Macron de l’école ouverte. Donc oui, il y a un côté bouc émissaire facile. On l’a vu à l’Assemblée. Mais c’est aussi cela la dure loi de la politique, à laquelle lui aussi avait pris goût. Le ministre est certes fragilisé, mais pas menacé : personne n’imagine de remaniement. Ça fait un moment qu’il s’est mis à dos les enseignants, mais ce fut parfois au nom de réformes nécessaires. Aujourd’hui, ce sont les parents d’élèves qui râlent alors qu’ils étaient jusqu’alors plutôt en soutien. C’est un paradoxe. Jean-Michel Blanquer a un vrai bilan, il a aussi battu un record de longévité Rue de Grenelle qui aurait dû asseoir son autorité. Au bout de cinq ans, il semble usé et lassé. Il fut au départ la coqueluche de la macronie. Mais quand on a été porté aux nues excessivement, on devient vite voué aux gémonies injustement. C’est une autre loi de la politique que Jean-Michel Blanquer découvre.

Guillaume Tabard

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