Le commandant Massoud, tué il y a 20 ans jour pour jour : quelles étaient ses relations avec la France ?

Le leader afghan des Moudjahidines, le commandant Ahmed Shah Massoud était tué le 9 septembre 2001, deux jours avant les attentats qui ont frappé New York. C’est l’occasion pour le Journal Imprévisible de revenir sur un aspect particulier de sa vie : ses relations avec la France.

Massoud, admirateur du général de Gaulle

Le lien entre le commandant Massoud et la France se tisse en 1978. Cette année-là un célèbre photographe de guerre tente de rejoindre l’Est de l’Afghanistan pour un reportage, son nom est Raymond Depardon. Il revient en France avec un cliché, celui d’un homme de 25 ans, assis sur un matelas dans la pénombre. Sur cette photo, ne ressort qu’un regard, un œil vif, doux et amical.

En 1979, l’URSS se déploie en Afghanistan, s’empare de Kaboul, mais les soviétiques butent sur une région dans l’Est du pays, la Vallée du Panshir. Son commandant, Massoud, que l’on dit admirateur du général de Gaulle, fédère la résistance dans la Vallée. Quelques années plus tard, en 1982, le jeune chef de guerre donne sa première interview à la télévision française. Si le commandant Massoud décroche le grade de Lion du Panshir, on parle aussi d’un Che Guevara – mieux d’un Bob Dylan Afghan ! Ce n’est pas de moi qui le dit, mais le grand reporter Christophe de Ponfilly, admirateur de Massoud, à qui il a consacré une dizaine de documentaires. Ahmad Massoud devient le libérateur lorsqu’en 1992, Les Moudjahidines s’emparent de Kaboul. Mais une guerre civile s’engage entre Moujahidines et Talibans, faisant 25 000 morts, en grande majorité des civils. Acculé, Massoud et ses troupes se replient vers le Panshir.

Bernard-Henri Lévy, dans cet extrait aux côtés du commandant Massoud, est aussi un admirateur du Commandant. Il tente de convaincre la France de s’intéresser à la cause des Moujahidines, et ce sera le cas en avril 2001, Massoud est accueilli en héros à Paris.

Commandant Massoud : « les groupes islamistes ne limitent pas leurs objectifs à l’Afghanistan »

Pas de rencontre avec Jacques Chirac, alors président, mais des bains de foules. Au-delà du symbole, Massoud profite de son voyage en France pour lancer un avertissement aux Occidentaux. Des mots forts et un message prémonitoire lors d’un déplacement à Strasbourg : « Les groupes islamistes et leurs leaders comme Oussama Ben Laden au Pakistan partagent la même vision du monde que les talibans. Leurs objectifs ne sont pas limités à l’Afghanistan. Ils considèrent ce pays comme la première étape de leur extension ». 4 mois plus tard, Al Qaida lance ses attaques sur New York et le Pentagone. Massoud, lui, ne sera pas là pour le voir.

20 ans après, la ville de Paris inaugure une allée dans les jardins des Champs-Elysées au nom du commandant Massoud, en présence de son fils Ahmad, qui saluait alors son amitié avec la France.
Aujourd’hui Ahmad Massoud marche dans les traces de son père et réitère son appel à la France alors que la Vallée du Panshir est désormais tombée entre les mains des talibans. Pour l’heure à Paris, c’est silence radio.

Marc Bourreau

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