Le changement climatique joue sur nos émotions, selon le philosophe Glenn Albrecht

Un peu partout aujourd’hui et demain en France, des marches vont avoir lieu pour le climat. Dans ce contexte, on vous parle d’un livre, Les émotions de la Terre du philosophe australien Glenn Albrecht, qui explique comment la crise climatique joue sur nos émotions.

 

Ecoutez 3 minutes pour la planète de Baptiste Gaborit :

 

La « solastagie » ou le mal du pays à cause du changement climatique

Des nouveaux mots pour un nouveau monde. Glenn Albrecht est celui qui a créé il y a quelques années le nouveau concept de « solastalgie ». « C’est un mal du pays alors que l’on est chez soi, décrit l’auteur du livre. C’est votre environnement et votre habitat qui vous quitte d’une façon extrêmement déprimante. C’est l’expérience négative d’un changement de l’environnement. » Un sentiment de détresse, de dépossession, qu’il a lui-même éprouvé mais qui n’avait alors pas de nom.

 

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Il éprouve cette « solastagie » lorsqu’il qu’il termine ses études à proximité de la Upper Hunter Valley, une région australienne que certains écrivains décrivait au 19e siècle comme la Toscane du sud, un endroit riche en biodiversité. Il va y découvrir une toute autre réalité. « Les mines de charbon à ciel ouvert dans l’Huter Valley, c’est une des plus importantes zones de mines à la surface de la Terre. Les gens qui vivent près de ces mines ont l’expérience de changements d’environnement colossaux, avec de la poussière qui assombrit la ciel, du bruit… Tout cela a détruit le sentiment qu’inspirait le lieu, a dépossédé les gens de leur propre identité. »

 

Glenn Albrecht dénonce la destruction de « l’intégrité mentale et émotionnelle » des humains

Le mot, « solastalgie », s’est depuis diffusé très rapidement, y compris dans la communauté scientifique. Le GIEC, le groupe des experts du climat par exemple l’utilise à présent. Des universités ont intégré ce concept à leur programme. Dans son livre, Les émotions de la Terre, Glenn Albrecht explore toutes ses émotions, pas seulement les plus négatives, mais aussi celles qui nous rattachent à la Terre. « J’ai crée le terme « endémophilie », qui signifie l’amour particulier que porte les gens au lieu où ils vivent. J’ai crée le terme « eutierrie », qui signifie un bon sentiment de la Terre. On va au bord de la mer en Australie et la plage est couverte de sacs plastiques. C’est l’extinction de nos émotions. Et je veux les nommer, les faire revivre bien avant que ces sentiments ne disparaissent totalement. »

 

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Glenn Albrecht a aussi inventé la « soliphilie », terme crée qui désigne la conversion du négatif en positif. Cette nouvelle ère des émotions positives, il l’a appelé le Symbiocène. « L’Anthropocène, c’est à dire l’âge de la domination des humains sur la Terre, elle ne fait pas que détruire la planète, elle détruit l’intégrité mentale et émotionnelle des êtres humains. Par contraste, le Symbiocène c’est l’idée que les êtres humains puissent se réintégrer dans le cycle de la vie. C’est la façon dont nous avons évoluer, celle dont on vivra dans le futur ».

 

Les émotions de la Terre, Glenn Albrecht (Ed. Les liens qui libèrent)

 

Baptiste Gaborit

 

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