La Staatskapelle de Dresde va se séparer de Christian Thielemann, nouvelle déconvenue pour le chef d’orchestre

Le contrat de Christian Thielemann à la direction musicale de la Staatskapelle de Dresde ne sera pas prolongé à l’issue de la saison 2023/2024. Une décision politique annoncée par Barbara Klepsch, la ministre d’État de la culture de Saxe. Mauvaise nouvelle pour le chef d’orchestre allemand de 62 ans dont la carrière est marquée par les polémiques et les coups d’éclat.

Christian Thielemann va devoir continuer à collaborer avec le directeur de l’Opéra de Dresde

C’est dans la perspective d’une nouvelle stratégie de management à l’horizon 2030 de la célèbre Staatskapelle de Dresde que Barbara Klepsch a annoncé ce lundi que le contrat de Christian Thielemann, qui assure la direction musicale de l’institution depuis 2012, ne sera pas prolongé au-delà de la saison 2023/2024. Avec diplomatie, la ministre d’État de la culture de Saxe a précisé que « Indépendamment de cela, je serais ravie que Christian Thielemann, avec son profil internationalement respecté, continue à rester artistiquement connecté au Semperoper (l’opéra de Dresde qui abrite la Staatskapelle, ndlr) ».

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Une réorientation de la politique culturelle locale qui concerne également Peter Theiler, le directeur du Semperoper, dont le contrat n’est prolongé que jusqu’à 2024. Theiler et Thielemann vont donc devoir continuer à collaborer malgré des divergences de plus en plus patentes entre les 2 hommes. En février dernier le chef d’orchestre avait publiquement exprimé sa déception concernant la position de l’opéra de Dresde qui, selon lui, n’avait pas fait d’efforts pour favoriser le retour du public malgré la crise sanitaire. Une critique peu appréciée par Peter Theiler qui avait alors déclaré: « Dans la crise, le vrai visage de la loyauté se montre ». Ambiance !

Christian Thielemann avait déjà été poussé à la démission à Berlin et Munich

Cette décision, même si elle est politique plus qu’artistique, sonne comme une nouvelle déconvenue dans la carrière de Christian Thielemann dont le talent de chef d’orchestre est incontestable mais dont le caractère et certaines prises de position ont contrarié son parcours professionnel. Ainsi en 1998, à peine nommé directeur général de la musique à l’Opéra de Nuremberg, il créé la polémique en faisant jouer une œuvre (Palestrina) du compositeur allemand Hans Pfitzner, nationaliste assumé et partisan du régime nazi. Un peu plus tard, au début des années 2000, on lui reprocha des propos antisémites (qu’il avait démentis) puis, il y a quelques années des prises de position en faveur du mouvement extrémiste anti-Islam PEDIGA.

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Ses relations avec ses employeurs n’ont jamais non plus été très harmonieuses. En 2004 Christian Thielemann avait démissionné du Deutsche Oper de Berlin suite à un conflit artistique avec le directeur artistique de l’époque et à l’émission de critiques à propos du financement de l’orchestre par la ville de Berlin. En 2011, il démissionne de son poste de directeur musical et chef principal de l’Orchestre Philharmonique de Munich en raison de conflits avec la direction de la formation bavaroise. À Dresde on se souvient aussi du conflit qui l’avait opposé en 2014 à Serge Dorny (directeur actuel de l’Opéra de Lyon) qui devait être nommé intendant du Semperoper. Enfin au festival de Bayreuth, dont il était le directeur artistique jusqu’à fin décembre (depuis 2015), on l’a soupçonné d’avoir œuvré auprès de Katharina Wagner, qui dirige désormais seule le festival, à l’éloignement de sa demi-sœur Eva Wagner-Pasquier, avec laquelle elle partageait la direction de l’événement. Une réputation sulfureuse et des controverses qui ont certainement coûté à Christian Thielemann sa nomination à la direction musicale du Philharmonique de Berlin en 2015 pour succéder à Sir Simon Rattle, poste finalement attribué à Kirill Petrenko et l’avenir de sa collaboration avec le festival de Bayreuth semble pour le moins compromis.

Philippe Gault

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