La Sonate pour piano n°8 « Pathétique » de Beethoven, un chef-d’oeuvre romantique

L’urgence dramatique de la Sonate dite « Pathétique » en fit l’une des partitions les plus jouées de Beethoven dès sa parution. Le romantisme s’appropriait le deuil et la souffrance, notamment à travers l’emploi de la tonalité d’ut mineur. Avec cette oeuvre, Beethoven transcendait les aspirations d’une génération.

 

L’opus 13, publié sous le nom de “Grande Sonate Pathétique”, date des années 1797-1798.

L’œuvre connut plusieurs modifications. Les musicologues s’interrogent notamment sur le final, un rondo, qui aurait été écrit dans un premier temps pour piano et violon. Contrairement à la Sonate dite “Clair de lune”, le titre de “Grande Sonate Pathétique” fut accepté par Beethoven. La mode littéraire lancée par les poètes Friedrich von Schiller (1759-1805) et Friedrich Gottlieb Klopstock (1724-1803) exacerbait le “pathos”, les expressions de l’effroi et de la tristesse chez les jeunes artistes. Le public fit un triomphe à cette œuvre dont le succès ne s’est jamais démenti.

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Au premier mouvement Grave succède la méditation poétique de l’Adagio cantabile

Le premier mouvement s’ouvre par une page Grave, un terme utilisé uniquement dans les symphonies. La violence des accords, les contrastes dynamiques créent un univers grandiose et déclamatoire, chargé de drame. Face au chant qui ne cesse de progresser dans l’aigu, le poids de la masse sonore concentre une tension qui explose dans la seconde partie, Allegro di molto e con brio. Elle est introduite brusquement par “attaca subito il allegro”. Cette partie, la plus vaste, narrative et héroïque, est comme la détente de l’introduction Grave. Deux idées, l’une mélodique, l’autre rythmique, s’entrechoquent jusqu’à l’apparition d’un sommet d’intensité qui impose à nouveau le thème Grave. A la seconde reprise, il est comme vaincu par les silences impérieux.

2ème mouvement « Adagio cantabile » (Yundi)

 

L’Adagio cantabile en la bémol majeur est un lied au calme intériorisé. Cette méditation poétique est construite sur un thème de huit mesures qui est varié à cinq reprises. Toutefois, l’esprit “pathétique” qui prévalait dans le premier mouvement n’a pas disparu. En effet, au milieu de l’œuvre, une deuxième idée lève le voile sur un cri véhément.

 

Selon Schiller, « le pathétique est un malheur construit par l’art. L’œuvre d’art amène l’homme à se défaire de l’emprise de ses affects sous le choc de l’émotion ».

L’idée “pathétique” surgit à nouveau dans le final. Ce Rondo, Allegro revient à la tonalité d’ut mineur. On aurait pu imaginer une nouvelle expression tout aussi violente qu’au début de la sonate. En réalité, le thème est gracieux, fluide, ornementé avec raffinement comme s’il s’agissait d’une variation sur une idée mozartienne. Pourtant, le climat se révèle trompeur car l’écriture devient plus nerveuse avec de brefs accords joués “staccato”. Ils suggèrent le retour de l’idée “pathétique”. Les dernières mesures s’achèvent sur un trait qui ne laisse aucun doute sur la nature du mouvement.

La Sonate fut dédiée au prince Karl von Lichnowsky, l’un des mécènes de Beethoven à Vienne.

 

Stéphane Friédérich

 

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