Invasion de criquets en Afrique : « l’urgence nationale » décrétée en Somalie

Depuis plusieurs semaines, l’Afrique de l’Est est envahie par un insecte ravageur, le criquet pèlerin, qui menace la sécurité alimentaire de millions de personnes. La F.A.O. lance une mobilisation internationale et espère récolter 76 millions de dollars pour endiguer le fléau.

 

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Un essaim de criquets peut couvrir la superficie du Luxembourg

Les Nations Unies tirent la sonnette d’alarme et redoutent une crise humanitaire majeure, notamment dans la Corne de l’Afrique. Depuis des semaines, cette région de l’Est du continent doit affronter les conséquences d’une invasion de criquets pèlerins. La Somalie vient même de décréter l’état d’urgence face aux nuages d’insectes qui déferlent sur son territoire. « La situation est particulièrement grave et menace les pâturages et l’agriculture de trois pays », détaille Justine Texier de la division des urgences et de la résilience de la F.A.O., l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

 

Les principales victimes de ce colonisateur sont l’Éthiopie, la Somalie et le Kenya ; ce dernier n’avait pas connu un tel cauchemar depuis 70 ans. « On surveille aussi la situation de très près au Soudan du Sud et en Ouganda ». Djibouti, l’Érythrée… La liste des pays confrontés aux criquets pèlerins ne fait que s’allonger. Il y a quelques jours, la F.A.O. estimait qu’un seul essaim pouvait couvrir une surface de 2.400 kilomètres carrés, soit la superficie du Luxembourg. La reproduction de ces insectes a été favorisée par les pluies intenses qui se sont abattues dans cette région depuis le mois de décembre.

 

Déjà 12 millions de personnes en insécurité alimentaire sévère et aiguë

La F.A.O. redoute des conséquences majeures car ces insectes affamés se jettent sur les cultures et les fourrages. 70.000 hectares de terres ont déjà été touchés au Kenya ; 180.000 en Somalie. Ce désastre, dont l’ampleur devrait être revues à la hausse dans les prochains jours, impacte des pays souffrant déjà d’insécurité alimentaire et de sécheresses à répétition. « Les Etats récemment touchés par la contagion, à savoir l’Érythrée et Djibouti comptent environ douze millions de personnes en insécurité alimentaire sévère et aiguë », précise Justine Texier. Cette situation de fragilité extrême devrait s’aggraver sérieusement dans les semaines à venir. Pour lutter contre la multiplication des essaims, une seule solution existe : les pesticides. Le mode d’épandage dépend du stade de maturation des criquets.

 

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« On peut utiliser des bio-pesticides sur les larves », indique Justine Texier mais les pesticides chimiques déversés par voies aériennes constituent le seul recours contre les criquets adultes. Les ravages engendrés par un seul essaim peuvent être dévastateurs. Un seul nid est capable de détruire la nourriture de 35 000 personnes en une seule journée, quand un criquet peut faire jusqu’à 150 kilomètres en 24 heures. La F.A.O. déploie sur le terrain, avec les gouvernements nationaux, des opérations de contrôle. Elle a lancé un appel à la mobilisation internationale et a déjà estimé à 76 millions de dollars le budget nécessaire pour contenir cette crise.

 

Baptiste Gaborit

 

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