Le territoire du peuple Yanomami toujours menacé au Brésil

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente à partir du 30 janvier une des plus vastes expositions jamais consacrées à la photographe brésilienne Claudia Andujar. L’artiste a dédié sa vie depuis les années 1970 aux indiens Yanomami, qui tentent toujours de défendre leur terres en Amazonie.

 

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Claudia Andujar donnait un effet surréaliste à ses photographies

Les indiens Yanomami, peuple du nord du Brésil, la photographe Claudia Andujar les rencontre pour la première fois en 1971. Elle est alors photo-reporter et participe à l’époque à un reportage sur l’Amazonie. Elle ne les quittera plus. Davi Kopenawa, le porte-parole de ces autochtones présent cette semaine à Paris pour l’exposition, dénonce le dédain du pouvoir local au fil des années. « Les autorités au Brésil ne nous ont jamais consultés [au sujet des] décisions qui concernent notre forêt ». A ses yeux, Claudia Andujar est « une alliée, une amie » qui a appris leur langue, mangé le gibier comme eux, adoré leur culture. C’est ainsi « qu’elle a été acceptée » et qu’elle a été autorisée à raconter leur histoire.

 

La photographe a consacré ses premières années à de nombreux portraits en noir et blanc de ces Amérindiens et à leurs expériences chamaniques. « Elle tentait vraiment de traduire cet univers et cette culture chamaniques en expérimentant diverses techniques photographiques », résume Léanne Sacramone, la conservatrice en charge de l’exposition. Elle cherchait à travailler la lumière au moyen de filtres infrarouges et colorés « pour donner un effet surréel » à certains de ces clichés.

 

Le territoire Yanomami est la proie de milliers d’orpailleurs clandestins

L’année 1977 marque un tournant dans la vie de l’artiste. Claudia Andujar est expulsée du territoire Yanomami par les autorités brésiliennes, qui en parallèle ouvre le territoire à l’exploitation minière et agricole. La photographe, aujourd’hui âgée de 88 ans, décide alors de se consacrer entièrement à la cause Yanomami et à la défense de leur environnement, l’Amazonie. « Elle va mettre de côté sa carrière artistique et créer l’ONG CCPY, poursuit Léanne Sacramone. En 1992, après 14 années de batailles, elle réussit à obtenir la démarcation par décret présidentiel du territoire Yanomami »; un territoire qui fait à peu près la taille du Portugal. A partir de 1977, ses photographies vont devenir un instrument politique servant à illustrer des brochures conçues pour montrer au public la situation du peuple amérindien.

 

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Entre 1987 et 1990, plus de 1 millier de Yanomamis meurent au Brésil, en raison notamment d’épidémies qui accompagnent l’arrivée de 40.000 chercheurs d’or sur leur territoire. Encore aujourd’hui, celui-ci est menacé. « Je vous demande de mettre de la pression politique sur le président Jair Bolsonaro pour faire expulser immédiatement les orpailleurs clandestins qui se retrouvent sur nos terres, implore Davi Kopenawa. Je vous demande de lutter à nos côtés ». Selon lui, ce sont près de 22.000 orpailleurs clandestins qui pillent actuellement leur territoire.

 

L’exposition à la Fondation Cartier se termine le 10 mai prochain.

 

Baptiste Gaborit

 

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