Interview d’Emmanuel Macron sur TF1 : est-ce un oral de rattrapage ?

Frédéric Bisson / Flickr

On a appris hier, que TF1 et LCI diffuseraient mercredi 15 décembre un long entretien avec Emmanuel Macron. Une surprise de dernière minute ou cela était-il prévu ?

Cette émission ne sera pas en direct

Cet entretien du président de la République est une surprise. Et une surprise à plus d’un titre. Emmanuel Macron a récemment tenu une grande conférence de presse sur l’Europe le jeudi 9 décembre. Elle était centrée sur la présidence française de l’Union européenne alors que l’interview sur TF1 et LCI portera sur le bilan de l’ensemble du quinquennat. Deux expressions présidentielles à moins d’une semaine d’intervalle, toutes deux d’ampleur par la durée et toutes deux censées être importantes, c’est inédit et c’est surprenant. On sait que l’Europe est un thème cher au chef de l’Etat mais le moins que l’on puisse dire c’est que cette intervention-là n’a guère laissé de traces. Il y avait trop de sujets très techniques et pas assez concrets. La durée de vie de ce qui devait être un événement médiatique, a été des plus brèves.

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C’est peut-être l’explication de cette nouvelle émission : faire une sorte d’oral de rattrapage. Je ne pense pas que le chef de l’Etat se déclarera candidat lors de cet entretien. Et je ne le crois pas notamment en raison du lancement de cette présidence de l’Union qui exige de lui, d’être un chef de l’Etat encore tout entier à sa tâche. Mais tout est toujours possible. Cela dit, il y a un autre aspect étonnant, voire déroutant dans cette émission. Evidemment on ne sait pas ce qu’Emmanuel Macron va dire, mais on sait qu’il l’a déjà dit puisque cette émission ne sera pas en direct. Elle a été enregistrée dimanche après-midi et c’est aussi quelque chose d’inédit et d’un peu incompréhensible. Même un président aussi prudent dans ses prises de parole que Jacques Chirac, assumait le risque du direct.

Plusieurs personnalités d’opposition ont saisi le CSA

Cette émission sera longue, autour de 2h et cela pose un gros problème d’équilibre politique concernant le temps de parole. Bien sûr, un président de la République a un statut à part. Bien sûr que sa parole porte et compte différemment de celle de tous les autres acteurs publics du pays. Bien sûr qu’il est en droit d’intervenir quand l’actualité l’exige et selon les modalités qu’il souhaite. Mais il n’est pas obligatoire d’être naïf : on entre dans le débat de la présidentielle. Et sans qu’il soit formellement déclaré, personne ne doute qu’Emmanuel Macron soit candidat. Donc faire 2h sur la première chaîne française sur le thème « où va la France ? » qu’est-ce que c’est, si ce n’est pas roder un argumentaire de campagne ?

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Comme par hasard, cette émission est programmée le soir où Valérie Pécresse était programmée sur BFM, ce qui a conduit la chaîne et la candidate LR à déplacer son rendez-vous, chassée en quelque sorte par le président. Plusieurs personnalités d’opposition ont saisi le CSA pour qu’il regarde de face ce qui s’apparente de plus en plus à de la distorsion de concurrence politique.

Guillaume Tabard

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