Référendum en Nouvelle-Calédonie : Malgré une très forte abstention l’archipel choisit la France

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Le non à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie l’a emporté à 96%. La question de son appartenance à la France est-elle désormais définitivement réglée ?

Avec une abstention de 56%, les indépendantistes dénoncent un vote non légitime

L’indépendance de la Nouvelle-Calédonie est institutionnellement et officiellement tranchée. Mais politiquement et symboliquement, rien n’est réglé et c’est une source d’inquiétude pour l’avenir. Pourquoi y a-t-il eu 96% de non à l’indépendance alors qu’il n’y en avait que 56 et 53 % aux deux premiers référendums en 2018 et 2020 ? Tout simplement parce que les Kanaks ont cette fois appelé au boycott pour cause de Covid. Mais c’est en fait par peur de perdre une troisième fois et cette fois de manière définitive, sans appel possible. Alors plutôt que de risquer la défaite, les indépendantistes ont choisi de de délégitimer le scrutin. Si le non l’avait emporté, même à 50,5 %, ils auraient dû s’incliner.

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Avec une abstention de 56 %, les indépendantistes prétendent que ce vote n’a pas la légitimité suffisante pour s’imposer, donc en contester le résultat et poursuivre leur combat pour la décolonisation. Il faut ajouter un paradoxe : ce troisième référendum était une possibilité offerte par les accords de Nouméa. Mais ils n’étaient en rien une obligation et ce sont eux, les indépendantistes qui l’ont réclamé, avant de finalement le boycotter. Que va-t-il se passer maintenant ? Le gouvernement n’avait pas cessé de le dire : quel que soit le résultat du référendum, il aurait bien fallu que tous les Calédoniens s’attellent à construire le jour d’après.

Emmanuel Macron a parlé de « fierté » mais aussi d’« humilité» à propos du résultat 

Ce n’était pas le tout ou rien, du jour au lendemain. Si le oui à l’indépendance l’avait emporté, il aurait fallu organiser concrètement ce passage à la souveraineté pleine et entière. Cela aurait pris des mois et des mois, avec le choix de rester dans la France, ce n’est pas non plus la fin de partie, on continue comme avant. De toute façon, les accords de Nouméa touchent à leur fin, il faut maintenant définir le cadre précis dans lequel la Nouvelle-Calédonie poursuivra son chemin au sein de la République. Emmanuel Macron a parlé de « fierté » mais aussi d’« humilité » à propos du résultat du référendum. Le chef de l’Etat faisait référence à une humilité de la part de l’Etat. La victoire du oui est incontestable et justifie la fierté d’une Nouvelle-Calédonie qui reste dans la France. Mais c’est une fierté sans triomphalisme car Emmanuel Macron est conscient que la société calédonienne reste coupée en deux.

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L’humilité est un moyen d’en appeler à la tranquillité sur l’archipel et à la bonne volonté de tous. Mais cette humilité est une exigence du côté des indépendantistes. Le président du Congrès, Roch Wamytan et le président du gouvernement Louis Mapou, sont tous deux des Kanaks du FLNKS le parti qui a boycotté le référendum. Or, c’est avec eux qu’il va falloir écrire ce fameux jour d’après. Et tout refus de dialogue – à commencer avec le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu qui est sur place – serait nuisible pour tous, y compris les Kanaks. Chacun va maintenant devoir y mettre du sien.

Guillaume Tabard

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