Environnement : Et si les prairies, savanes et mangroves étaient les grandes oubliées de la lutte contre la déforestation ?

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On parle souvent de la forêt amazonienne ou des forêts d’Asie du Sud-Est. Beaucoup moins de prairies, de savanes, de tourbières ou encore de mangroves, ces milieux naturels non forestiers bien souvent oubliés, sont pourtant eux aussi menacés. Il y a urgence à les protéger, alerte le WWF dans un rapport qui est publié ce matin.

Le Cerrado a perdu depuis 1985 plus de 26 millions d’hectares

Des écosystèmes naturels négligés et pourtant essentiels eux aussi. Toutes ces zones abritent une biodiversité très riche. Des centaines d’espèces endémiques comme les tourbières ou des écosystèmes de zones humides couvrent 3% de la surface terrestre mais stockent un tiers du carbone du sol. Les mangroves permettent de protéger les côtes des inondations. Les prairies et les savanes stockent la même quantité de carbone que les écosystèmes forestiers. Autre exemple avec le Cerrado, un mélange de savanes et de prairies, selon Véronique Andrieux, la directrice générale du WWF : « si on pense au Cerrado, c’est le château d’eau du Brésil car c’est la source de huit fleuves sur douze. Cela contribue aux aquifères de première importance dans la région ».  

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Le Cerrado abrite 5% des espèces mondiales selon le WWF. Mais il a perdu depuis 1985 plus de 26 millions d’hectares soit une superficie supérieure à celle du Royaume-Uni. Pour le soja et pour l’élevage, les tourbières de Sumatra en Indonésie ont perdu plus de 50% de leur superficie. Pour la culture de l’huile de palme notamment ou pour le caoutchouc 14% des savanes du Gran Chaco en Argentine ont été converties à l’agriculture au cours des années 2000. Le WWF appelle l’Union européenne à protéger ces espaces. En novembre dernier, la Commission européenne présentait son projet de loi contre la déforestation importée. L’objectif est de garantir que les produits qui arrivent sur le marché européen ne sont pas issus de la conversion d’écosystèmes forestiers. Il faut selon Véronique Andrieux, élargir cette législation aux autres écosystèmes : « cela veut dire se limiter uniquement à un seul écosystème comme par exemple les forêts. Cela revient à transférer les pressions aux autres écosystèmes. Ce sont des vases communicants on a besoin de protéger l’ensemble des écosystèmes car ce n’est que comme cela que l’on va vraiment stopper la déforestation et la conversion ».

« On sait que un quart du soja qui est exporté du Chaco est destiné à l’Union européenne »

Le texte européen prévoit de revoir dans deux ans, au plus tard, la portée de ce texte notamment sur les écosystèmes inclus. Deux ans, c’est trop tard selon le WWF. D’autant que la responsabilité des pays européens dans la conversion de ces écosystèmes naturels est importante : « on sait que un quart du soja qui est exporté du Chaco est destiné à l’Union européenne et un quart du bœuf importé par l’Union européenne vient du Cerrado. On ne peut pas se permettre de laisser ces écosystèmes en dehors de cette législation. Cela reviendrait à laisser une grande partie de notre empreinte de conversion d’écosystèmes en dehors ». Emmanuel Macron sera demain au Parlement européen devant les eurodéputés alors que la France vient de prendre la présidence de l’Union européenne. Le WWF appelle donc la France à user de son influence pour intégrer l’ensemble des écosystèmes dans cette loi.

Baptiste Gaborit 

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