Eleonora Abbagnato fait ses adieux à l’Opéra de Paris

À 41 ans, un an plus tôt que l’âge officiel de la retraite, la 1ère danseuse italienne nommée étoile de l’Opéra de Paris (en 2013) devait tirer sa révérence ce lundi soir dans le ballet « Le Parc » d’Angelin Preljocaj à l’Opéra Garnier mais le mouvement social sur les retraites va certainement contraindre l’institution à reprogrammer cet adieu.

 

Eleonora Abbagnato : Danseuse étoile à Paris et directrice du Ballet de Rome

Les danseurs sont souvent angoissés par la fin de leur carrière à un âge relativement jeune. Pas Eleonora Abbagnato, danseuse à double casquette puisqu’elle est étoile de l’Opéra de Paris et directrice, depuis quatre ans, du Ballet de Rome. « Mes adieux vont être moins durs que d’autres danseurs qui sont partis sans avoir un bagage prêt pour la suite », affirme la danseuse sicilienne. Si le Ballet de Rome, moins connu que celui de la Scala, a gagné en visibilité sous son mandat avec l’invitation de grands chorégraphes et une collaboration avec Dior, Eleonora Abbagnato a dû faire face à une crise en août dernier après qu’une lettre d’un syndicat de danseurs a rapporté une attitude « irrespectueuse et inappropriée » et des « qualificatifs injurieux » de la directrice. « Cet incident est passé », assure Abbagnato qui est avec son mari, l’ex-footballeur Federico Balzaretti et ses 4 enfants une véritable star dans les médias italiens.

 

Une famille plus intéressée par le football que par la danse

Alors qu’elle va faire ses adieux à la scène, Eleonora Abbagnato loue l’esprit « très ouvert » de l’ex-directeur de la danse de l’Opéra de Paris Benjamin Millepied qui lui a permis cette double carrière, car « je voulais sauver la danse en Italie », où deux compagnies à Florence et à Vérone avaient fermé leurs portes. « Je suis quelqu’un de très extravertie, je dis ce que je pense », dit-elle. Un caractère bien trempé qui lui a été bien utile. Si son parcours ressemble à un conte de fées, son entrée à l’école de danse de l’Opéra à 14 ans n’a pas été facile pour une petite Sicilienne de Palerme. « A l’époque, j’étais une des seules étrangères. J’ai beaucoup souffert de ça. Des mères disaient que ce n’était pas juste que je sois la chouchou de Claude Bessy », directrice légendaire de l’école, se rappelle-t-elle. La danseuse étoile, qui va tourner un film sur son enfance, évoque une famille plus intéressée par le ballon rond que par la danse, avec son grand-père footballeur et son père président d’une équipe à Palerme. Elle doit tout à sa mère, qui la gardait les après-midi dans l’école de danse située en-dessous de son magasin de vêtements. « Le soir, je ne voulais pas partir ».

 

 

Eleonora Abbagnato : Repérée par Roland Petit

Eleonora Abbagnato atterrit en France à 10 ans, sans parler un mot de français, après avoir été repérée par Roland Petit, l’un des plus grands chorégraphes français et son futur mentor. « Il était très dur. Il a dit à ma mère que je n’étais pas assez souple. C’était à l’époque de Sylvie Guillem, grande danseuse française célèbre pour sa souplesse extrême. J’ai commencé à forcer comme une malade ». Autre exigeance physique, très répandue dans le monde du ballet, le poids : « Roland voulait qu’on soit maigre; il me disait toujours que j’étais grosse. Aujourd’hui, on ne peut rien dire. Si on dit ça, je ne sais pas si ça passera », indique la ballerine, convaincue que dans la danse, il faut accepter les remarques « pour nous pousser au maximum ».

 

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L’influence de Pina Bausch

A l’Opéra, où Eléonora Abbagnato venait d’être embauchée à 18 ans, « Pina a révolutionné un peu ce côté hiérarchie… elle a fait une audition avec les plus grandes étoiles mais elle nous a choisies. Jamais elle ne nous félicitait… c’était pour essayer de faire monter le niveau ». Elle a dû attendre 12 ans avant d’être promue de 1ère danseuse à étoile.« J’ai eu tout très vite et à un moment, ça s’est arrêté. C’est un choix de la direction qui arrive à tous les artistes », dit-t-elle. « Je dis aux 1ers danseurs qu’il ne faut pas lâcher… Être étoile, c’est le rêve de tout le monde, mais ce n’est pas pour tout le monde ».

 

Philippe Gault (avec AFP)

 

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