El Sistema : De lourdes accusations d’abus sexuels visent le programme d’éducation musicale du Venezuela

Suite aux accusations d’une ancienne élève du programme d’éducation musicale vénézuélien El Sistema, le Washington Post a publié une enquête dans laquelle d’autres élèves témoignent d’abus sexuels de la part d’enseignants d’une institution qui a formé de grands noms de la musique classique tels que les chefs d’orchestre Gustavo Dudamel, le nouveau directeur musical de l’Opéra de Paris, ou Rafael Payare, de l’Orchestre Symphonique de Montréal.

Sur Facebook une ancienne élève traite des enseignants d’El Sistema de « pédophiles et pédérastes »

Dans leur tribune, publiée par le Washington Post le 27 mai, Geoff Baker et William Cheng, 2 éminents professeurs de musique, indiquent qu’ils ont commencé à enquêter sur les accusations qui visent El Sistema à partir de la fin avril lorsque le mouvement #YoTeCreoVzla (Je te crois Vénézuela), qui dénonce les abus dont certain(e)s jeunes élèves ont été victimes, est devenu tendance sur les réseaux sociaux.

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Mais c’est surtout le témoignage d’une ancienne élève d’El Sistema, publié sur Facebook, qui a mis l’institution musicale de Caracas sous la lumière des projecteurs médiatiques. Dans son message, Angie Cantero n’hésite pas à accuser des enseignants du programme d’abuser, de par leur position et leur renommée, de la naïveté d’adolescents et particulièrement de jeunes filles. « Il y a, au sein dEl Sistema, des pédophiles, des pédérastes et un nombre incalculable de personnes qui ont commis le crime de viol » ajoute la jeune musicienne qui avoue ne pas avoir été victime de ces abus mais indique avoir été harcelée dès l’âge de 9 ans et avoir recueilli de nombreux témoignages auprès d’autres élèves.

Des professeurs expliquaient que leur « relation spéciale » avec les élèves les aidaient « à devenir de meilleurs musiciens »

Déjà en 2014, Geoff Baker, dans son livre plutôt critique à l’encontre d’El Sistema et notamment de son fondateur José Antonio Abreu (« attiré par le pouvoir ») ou du chef d’orchestre vedette Gustavo Dudamel (« qui affichait ostensiblement les signes de sa réussite »), décrivait des faits de harcèlement et d’abus sexuel au sein de l’institution et se demandait même ce qu’en pensait l’UNICEF dont El Sistema est l’ambassadeur itinérant depuis 2004 et l’UNESCO, un de ses principaux contributeurs.

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Les 2 auteurs de l’enquête citent également les propos, en 2016 dans le magazine Van, du violoniste Luigi Mazzocchi ancien élève d’El Sistema pendant 15 ans, qui expliquait que certains professeurs n’hésitaient pas à reconnaître que leur comportement déplacé, « leurs relations spéciales », avec leurs élèves « les aidaient à devenir de meilleurs musiciens ». Version corroborée par une jeune hautboïste qui raconte avoir subi des abus récurrents dès l’âge de 12 ans, notamment de la part d’un de ses professeurs qui estimait qu’elle devait « se laisser emporter par le désir sexuel afin d’exprimer pleinement son potentiel artistique ».

La branche anglaise d’El Sistema se dit « solidaire des victimes de ces abus »

Ce jeudi, les responsables de la branche anglaise d’El Sistema ont réagi. Dans un communiqué, ils se disent « gravement préoccupés par ces allégations » et « solidaires des victimes de ces abus » et insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement d’un « problème vénézuélien », ajoutant « La violence sexuelle et sexiste et les autres abus de pouvoir sont des problèmes mondiaux, et les domaines de la musique, de l’éducation musicale (…) ont besoin d’une action collaborative et d’envergure urgente pour les traiter en priorité ».

Philippe Gault

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