Document : Une chanteuse de Santiago brise le silence du couvre-feu instauré au Chili

Le Chili subit depuis le 18 octobre une crise sociale sans précédent depuis 30 ans. Les 1ères manifestations ont été organisées pour protester contre la hausse du prix du ticket de métro mais, malgré la suspension la mesure, les émeutes se sont poursuivies pour dénoncer la situation socio-économique du pays, faisant une vingtaine de morts en une semaine. Mardi soir, une jeune chanteuse lyrique de Santiago brave le couvre-feu et entonne depuis son balcon un chant populaire qui surprend et émeut les habitants de son quartier.

« Le droit de vivre en paix »

Il était 20h30 en ce mardi 22 octobre. Santiago, d’ordinaire bruyant et animé à cette heure-là est plongé dans la nuit et le silence imposé par l’état d’urgence instauré dans une dizaine de grandes villes chiliennes. Et c’est le moment qu’a choisi Ayleen Jovita Romero, une jeune soprano (3e du concours Opéra-Chili 2019 et qu’on a pu voir en avril à Santiago dans Norma de Bellini) originaire d’Arica, pour se mettre à la fenêtre de son appartement et entonner à pleine voix la chanson « El derecho de vivir en paz  » (« le droit de vivre en paix » ) de Victor Jara. Une prestation applaudie par les habitants de sa résidence surpris et enchantés par ce moment de grâce mais également par le choix de cet air composé par un chanteur populaire assassiné en 1973, quelques jours après le coup d’État d’Augusto Pinochet.

Ayleen Jovita Romero, la voix de la résistance

Chanter cet air est donc hautement symbolique dans le contexte social actuel au Chili. Si on se réfère à son profil Instagram, le réseau social sur lequel a été mis en ligne la vidéo de sa prestation, Ayleen Jovita Romero n’est pourtant pas une militante radicale. Son truc, c’est plutôt la musique, la paix. Son commentaire est d’ailleurs très humaniste : « Nous manifestons pacifiquement pendant ce couvre-feu, avec tous les voisins qui soutiennent la cause en chantant et en jouant de leurs beaux instruments (…) J’invite d’autres artistes à faire de même chez eux. Les gens vous remercieront, ça leur fait du bien. Il le faut. »

Philippe Gault

 

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