Couvre-feu : la presse est-elle suffisamment critique ?

Il y a plusieurs façons pour un quotidien d’accompagner et d’amplifier la parole d’Emmanuel Macron qui annonçait hier le couvre-feu. Vous avez la manière forte, avec le Figaro qui titre « Le couvre-feu pour reprendre le contrôle ». Le contrôle de l’épidémie évidemment, pas le contrôle des Français.

 

Libération fait dans l’ironie distanciée et titre « Bonne nuit »

Vous avez le Parisien-Aujourd’hui en France, qui mobilise en reprenant ces propos d’Emmanuel Macron « J’ai besoin de chacun d’entre vous » surtout entre 21h et 6 du matin. Vous avez la manière martiale « Covid-19, sur le pied de guerre ». Vous avez la manière autoritaire « La fête est finie» c’est la Une de la Nouvelle République. Et puis vous avez l’infantilisation : « Privé de sortie à partir de 21h », C’est le Dauphiné. Mais vous avez aussi « La permission de 21h » c’est la Une de la Voix du Nord.

 

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Si le rôle de la presse est de rendre compte, alors effectivement, elle fait son travail, le président a bien annoncé hier le couvre-feu entre 21h et 6h. Mais si le rôle de la presse est de mettre en question, de mettre en débat voire de mettre en doute, alors il faut bien reconnaître qu’aucun de vos journaux n’a songé à titrer, par exemple Le Couvre-feu, est-ce bien raisonnable ? Ou bien le Couvre feu, mais à quoi ça va servir ? Alors il faut chercher. Et on fini par trouver. Libération, fait dans l’ironie, l’ironie distanciée. « Bonne nuit », un bonne nuit qui sonne comme un bonne nuit les petits.

 

Valeurs actuelles s’interroge sur « l’hygiénisme ambiant »

Mais c’est Valeurs actuelles qui passe à l’attaque. Sur son site internet, le magazine se pose la question de l’absurde de ce couvre-feu et dans le magazine qui sort aujourd’hui et bouclé avant l’annonce du président, Valeurs Actuelles frappe fort : masques obligatoire, restaurants à l’arrêt, hygiénisme ambiant, ce virus qui les rend fous. Entre mesures incohérentes et fiascos général, histoire d’une panique collective. L’édito du Figaro n’est pas tendre non plus.

 

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Vincent Trémolet de Villers ce souvient de cette interventions il y a 6 mois du président. « Nous retrouverons les jours heureux » disait-il. Mais non, ce sont les jours tristes qui sont désormais notre quotidien. Pour l’éditorialiste, il est légitime de s’inquiéter non plus d’un recul mais d’une réduction de nos libertés, installée, assumée, acceptée. La sphère privée est elle-même coupable désormais d’échapper aux règlements de l’Etat. L’Etat qui recommande d’ouvrir nos fenêtres, approuve nos promenades et compte le nombre d’assiettes à table. Quant à la police, quand elle ne sera pas confrontée aux artificiers de Champigny-sur-Marne, devra surveiller et punir après 21h00 de simples promeneurs sur la voie publique. Ce n’est pas une bonne nouvelle.

David Abiker

 

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