Centre National de la Musique : Jean-Philippe Thiellay président déjà contesté

La gestation et la naissance du Centre National avaient déjà été compliquées. A peine annoncée cette semaine, c’est la nomination de son président, Jean-Philippe Thiellay, qui fait parler et qui a du mal à passer dans le petit milieu de la musique.

 

Après la désignation d’Émilie Delorme, on attendait une femme au Centre National de la Musique.

Autant l’annonce mardi de la nomination d’Émilie Delorme à la tête du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris a été unanimement saluée, autant celle, le même jour, de Jean-Philippe Thiellay à la présidence du Centre national de la Musique (CNM), qui verra le jour en janvier prochain après avoir été validé par le Parlement mi-octobre, provoque des remous parmi les instances supérieures de la musique. Plusieurs responsables déplorent « l’éviction » de Catherine Ruggeri, l’inspectrice générale des affaires culturelles qui présidait le comité de pilotage du projet, qui était donnée favorite. Parmi les reproches exprimés, celui de ne pas avoir mis une femme à ce poste, pointe la Guilde des Artistes de la Musique. « Nous déplorons qu’après avoir nommé des hommes à la tête de l’Opéra de Paris (Alexander Neef), de celui de Lyon (Richard Brunel) ou encore du CNC (Dominique Boutonnat) , le gouvernement ne saisisse pas l’opportunité (…) », indiquent ses membres dans un communiqué. Le PRODISS, l’organisation patronale qui représente les entreprises du spectacle musical et de variété en France, s’est aussi étonné de ce qu’ils jugent être une « rupture de continuité ».

 

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Pour Franck Riester, le ministre de la culture, Jean-Philippe Thiellay a modernisé le modèle économique de l’Opéra.

Autre source d’inquiétude: le profil du nouveau dirigeant, jugé « éloigné des musiques actuelles, de la variété, et du secteur privé » (Jean-Philippe Thiellay est l’actuel directeur adjoint de l’Opéra de Paris) qui fait craindre une « évolution du périmètre de financement du futur établissement ». Les producteurs membres du SNEP, principal syndicat, rappellent combien il est « capital que le futur président appréhende l’ensemble du secteur musical dans sa diversité ».  D’autre part, à quelques semaines de sa naissance, le futur CNM inquiète la filière qui critique toujours le « flou » qui entoure son financement et son modèle de gouvernance. Une assertion plus contestable eu égard aux compétences de Jean-Philippe Thiellay en matière de management et de gestion, comme le soulignait Franc Riester à l’occasion de l’annonce de sa nomination: « Il a conduit une modernisation profonde du modèle économique de l’Opéra, avec un développement rapide des ressources propres, en particulier grâce au mécénat et à la valorisation de la marque ».

L’établissement public aura pour mission de rassembler les dispositifs de soutien financier du secteur. Il sera placé sous la tutelle du ministère de la Culture et devra soutenir la création musicale (à l’instar du CNC qui existe depuis 1947 pour le cinéma). Il remplacera le Centre national de la chanson, de la variété et du jazz (CNV), qui soutient le spectacle vivant de musiques actuelles et de variété depuis 1986. Le CNM rassemblera aussi le monde de la musique enregistrée, jusqu’alors séparé de la musique « live », et d’autres structures (le Fonds pour la création musicale, FCM, et le Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles, IRMA).

Jean-Philippe Thiellay sera chargé de la dernière phase de préparation du CNM à compter du 2 décembre, avant d’en prendre les rênes en janvier. Il aura pour numéro deux Romain Laleix, actuel secrétaire général du Bureau Export de la Musique.   

 

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Philippe Gault (avec AFP)

 

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