Claire Gibault, longtemps seule cheffe d’orchestre en France, veut faire des émules

Maestra, le concours international de cheffes d’orchestre est reporté à septembre prochain, conséquence des mesures de précaution liée à l’épidémie de Coronavirus.

 

« Un métier de pouvoir, de gloire et d’autorité »

La Philharmonie de Paris annonce le report du concours qui devait se tenir du 16 au 19 mars. La Maestra aura finalement lieu du 15 au 18 septembre. La liste des événements annulés ou reportés s’allonge, alors qu’on compte en France près de 2.300 cas pour 48 décès . La Maestra a été créé par Claire Gibault, qui fut longtemps la seule cheffe d’orchestre en France. Arrivée à Mexico en septembre 2018 pour participer à un concours international de chef d’orchestre, Claire Gibault, seule femme alors membre du jury, aurait essuyé goujateries sur a priori sexistes. Comme elle le révèle à nos confrères de Télérama, celle qui fut la première femme à diriger à la Scala assure avoir été confrontée au machisme « violent » d’un juré. « Pendant le concours, ce monsieur fermait les yeux, se bouchait les oreilles et ne votait pas quand les femmes dirigeaient. Il y avait une candidate extraordinaire, chinoise, magnifique musicienne, avec un charisme, une technique, une autorité… En finale, elle avait autant de voix que son concurrent vénézuélien. Non seulement les membres du jury n’ont jamais voulu lui décerner un premier prix ex aequo, mais certains disaient même qu’ils ne l’inviteraient pas à diriger leur orchestre, parce que femme ».

 

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Exemple empirique d’une réalité constatable dans les chiffres. Le pourcentage de femmes à la tête d’orchestres symphoniques professionnels permanents atteint timidement les 6,2% aujourd’hui ; à peine 2 points de plus en deux ans. Une situation qui s’expliquerait, selon elle, par les attributs de la profession. « C’est un métier où il y a du pouvoir, de la gloire et de l’autorité ; l’accès y reste donc difficile », détaille-t-elle. Une discrimination à laquelle Claire Gibault est miraculeusement parvenue à échapper.

 

Si l’objectif est atteint, le concours disparaîtra en 2023

Proche de Claudio Abbado, la cheffe de 74 ans, formée au piano et au violon, occupe durant 30 ans la direction de l’Opéra de Lyon. Née en 1945 au Mans, d’un père professeur de solfège, elle crée en 2011 le Paris Mozart Orchestra, une formation à la fois tournée vers le classique et le contemporain. Décidée à changer la place des femmes dans le milieu de la direction, elle lance La Maestra, concours qui s’adresse uniquement aux prétendantes à la direction d’orchestres symphoniques. Co-organisée avec la Philharmonie de Paris, la compétition doit départager les douze cheffes âgées de 20 à 43 ans retenues sur les 220 candidatures initiales. Des modalités maintenues, malgré le report de la Maestra à septembre.

 

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Financé par deux femmes d’affaires, Dominique Senequier et Nathalie Rastoin, le prix offre aux gagnantes deux ans de formations en académie, sous forme de mentorat, de concerts et de master class. « Ce n’est pas un concours contre les hommes ! », rassure-t-elle, affirmant que si le nombre de directrices musicales va croissant ces prochaines années, « le concours n’aura plus lieu d’être ».

 

Nicolas Gomont

 

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