Chaleur : Les températures élevées et la sécheresse menacent le système électrique français

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Les vagues de chaleur s’intensifient sur le territoire français. La sécheresse et les températures qui augmentent pourraient influer sur la production d’électricité du pays.

Une mauvaise utilisation des climatiseurs pourrait faire grimper la demande énergétique

On a atteint les 50 degrés en Inde et au Pakistan, et on a dépassé les 30 degrés en France, le 18 mai. On prévoit près de 35 degrés dans les prochains jours.  Les vagues de chaleur et les sécheresses se multiplient. Cette situation est très préoccupante et n’est pas sans conséquence sur le système électrique français. Cela fait des semaines maintenant que les habitants en Inde et au Pakistan vivent sous une chaleur étouffante et subissent des coupures d’électricité. Des coupures qui durent parfois 8 heures par jour dans certaines villes pakistanaises et dans les usines du Rajasthan. En avril, les besoins de climatisation ont fait grimper de 12% la demande énergétique. Les stocks de charbon ne sont également plus suffisants pour faire tourner toutes les centrales. Si la situation en France est bien différente car le système électrique est plus robuste et les climatisations moins nombreuses, il va tout de même prendre certaines mesures.

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Nicolas Goldberg, expert des questions énergétiques pour le cabinet Colombus Consulting, nous explique les dispositions envisagées : « on peut agir sur l’efficacité des équipements en particulier celle des climatiseurs. Si l’on réduit le nombre de passoires thermiques et l’on donne des consignes claires sur l’utilisation et les limites des climatiseurs, on peut l’imiter l’impact énergétique de ces vagues de chaleur ». Il faut donc réduire la demande en électricité car de l’autre côté, la chaleur et les sécheresses affectent la production. Il y a 8 jours, EDF a dû réduire l’activité d’un des réacteurs de la centrale du Blayais en Gironde. En effet, les centrales situées au bord des fleuves pompent de l’eau pour refroidir les réacteurs et l’eau rejetée est plus chaude : « près des fleuves, il y a une règlementation thermique qui impose de ne pas rejeter de l’eau trop chaude pour ne pas impacter la biodiversité. On est passé le 15 mai à une limitation de la puissance du réacteur de Blayais car l’eau excédait les 36,5 degrés ». Les conséquences sur la production ont été marginales mais lors de la canicule de 2003 ou de 2019, plusieurs réacteurs avaient été affectés en même temps.

 

Les stocks d’eau sont très bas et la production hydroélectrique est menacée

Le débit réduit des fleuves affecte aussi la production des centrales. En effet, l’impact le plus important se situe du côté de la production hydraulique. Ce sont les sécheresses qui sont en cause. Comme il y a moins d’eau dans les réservoirs, la production hydraulique est menacée. Selon Yves Tramblay, hydrologue à l’institut de recherche pour le développement, la situation ne risque pas de s’améliorer : « on note une forte augmentation de l’occurrence des sécheresses. Les scénarios de changement climatique futur indiquent également une augmentation probable de la fréquence des sécheresses. Cela risque donc de poser des problèmes sur le remplissage des réservoirs et sur la production hydroélectrique ». En février, faute d’eau, le Portugal a ainsi dû mettre à l’arrêt la production de 5 barrages hydrauliques.

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L’été dernier en Californie, le barrage d’Oroville a dû cesser son fonctionnement car le lac n’avait plus assez d’eau. Selon Nicolas Goldberg, la France n’est pas encore à ce stade mais la situation est sous surveillance : « les stocks sont très bas. On sera vraiment fixé sur notre situation à la fin de l’été, car c’est généralement en septembre que l’état de sécheresse se déclare. Pour le moment, le déficit de pluie laisse envisager une baisse de la production d’électricité en automne. Cela pourrait effectivement poser des problèmes sur le système électrique car le nucléaire produit peu et notre marge de manœuvre est très faible ». En effet la France dispose de peu de marge et la moitié de son parc nucléaire est à l’arrêt en ce moment. Dans un rapport sur les futurs énergétiques publié en janvier, RTE, le gestionnaire du réseau d’électricité en France, évoquait déjà le risque accru pour la sécurité d’approvisionnement à l’horizon 2050 en raison des situations de sécheresse.

Baptiste Gaborit

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