Allemagne : scandale après l’alliance entre la droite libérale et l’extrême-droite en Thuringe

La presse allemande parle d’un véritable tremblement de terre politique. Pour la première fois depuis la fin de la 2e Guerre mondiale, un président de région issu de la droite classique a été élu grâce aux voix de l’extrême-droite.

 

Sous la pression, Thomas Kemmerich a dû démissionner hier

Une digue s’est rompue dans le pays de naissance du IIIe Reich, qui fait tout depuis 75 ans pour tourner la page du nazisme. Car une voix, une simple voix a tout bouleversé et ne finit pas de résonner dans le paysage politique allemand. Mercredi après-midi devait être élu le président du Land de Thuringe, situé dans au centre-est de l’Allemagne. Sur le papier, le président sortant, qui rassemblait les sociaux-démocrates du S.P.D., les Verts et la gauche radicale de Die Linke dont il fait partie, était plus fort que son adversaire de la droite libérale, allié à la CDU d’Angela Merkel. Il devait donc l’emporter sauf qu’au moment du tour de scrutin décisif, les élus de l’A.F.D., le parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne, s’invitent à la table et déclarent qu’ils vont apporter leurs suffrages au candidat du parti libéral Thomas Kemmerich.

 

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Ce dernier reste silencieux, sourit et se retrouve contre toute attente dans le fauteuil du président de région, avec une voix d’avance sur son rival de gauche. A Berlin, la nouvelle fait l’effet d’un coup de tonnerre et arrive aux oreilles d’Angela Merkel. La Chancelière demande alors publiquement à son parti de dénoncer l’alliance de circonstance qui vient de se nouer en Thuringe. Il faudra attendre le lendemain pour que le parti libéral donne l’ordre à son candidat mal élu de démissionner. Ce que Thomas Kemmerich accepte de faire finalement dans l’après-midi, après avoir prononcé la dissolution du parlement local et convoqué de nouvelles élections anticipées.

 

La Thuringe, fief historique d’Adolf Hitler

Mais pour tous les observateurs, un tabou a bel et bien été brisé. En s’arrimant à la droite traditionnelle, l’extrême-droite du parti A.F.D. a réussi à jouer un rôle de faiseur de roi dans une région emblématique, fief du courant le plus dur de l’A.F.D. Et si on remonte un peu plus loin dans l’histoire, c’est même le berceau de l’Hitlérisme dans les années 1930. L’actuel chef de file d’Alternative pour l’Allemagne en Thuringe est un enseignant de 47 ans, Björn Höcke. Il est ouvertement raciste et racialiste, opposé au multiculturalisme et à l’islam. Il prône un retour aux fondamentaux du IIIe Reich, ce qu’il a écrit dans un livre, faute de pouvoir le dire publiquement. D’une manière générale, l’A.F.D. créé il y a 7 ans presque jour pour jour, rejette le consensus de la classe politique allemande sur une volonté de repentance et de clarification par rapport aux crimes du passé nazi. Ces dernières années, l’extrême-droite a fait son miel de la crise des migrants et des difficultés de l’Europe ; ce qui a permis à l’A.F.D. d’entrer en force au Bundestag, avec 13% des voix en 2017. Son discours xénophobe lui permet aussi d’exister dans les exécutifs régionaux. D’exister et de peser désormais, avec cette première alerte qui vient de sonner en Thuringe.

 

Emmanuel Faux

 

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