Richard Wagner, exaspéré par l’attitude du public, a imposé 3 règles à l’opéra

MARY EVANS/SIPA

Avec l’arrivée de Richard Wagner dans le monde de l’opéra, fini les jeux de cartes pendant les représentations, le jeu du « Qui est-ce ? » dans la loge du voisin ou les applaudissements intempestifs entre les airs. Place au temple, à l’autel sacré, à l’esprit de communion avec l’œuvre démiurge, à l’adoration de la musique avec un grand M. Retour sur 3 nouveautés apportées par le compositeur qui renouvellent le genre de l’opéra et sa manière de l’aborder.  

Wagner supprime les numéros dansants entre les actes

Les pièces dansantes qui servaient autrefois à maintenir l’attention des spectateurs entre deux actes sérieux n’ont plus lieu d’être. Place à un flux sonore ininterrompu qui doit pouvoir assurer une transition parfaite et homogène entre les différents temps forts de l’œuvre ! Quiconque souhaiterait déroger à la règle aura désormais affaire à Wagner lui-même !

Ainsi n’hésite-t-il pas à mettre en garde le directeur de l’opéra de Paris, Emile Perrin, dans une lettre adressée à son ami et traducteur Charles Nuitter, datant du 2 août 1868 : « Pour garder mon sang-froid, permettez-moi d’exposer bien nettement mes idées sur toutes ces belles choses. – L’opéra et M. Perrin sont sérieux : mais croyez-vous à une pièce sans ballet pour les habitués de ce temple de l’art ? – “Lohengrin” ne supporte aucun changement, et surtout pas une ombre de danse. M. Perrin se croit-il assez fort pour oser une telle entreprise ? »

La mélodie continue, la marque de fabrique de Wagner

Il faudra attendre la création de Tristan et Isolde en 1865 pour que ce principe de « mélodie continue » soit traité de front par son auteur, avant de devenir sa marque de fabrique pour ses opéras à venir.

La lumière allumée pendant toute la représentation, c’est terminé, décrète Wagner

Quoi de plus normal aujourd’hui que d’être plongé dans le noir avant le début d’un concert ou d’une représentation théâtrale ! Et bien, croyez-le ou non, mais au XIXème siècle c’était une pratique plutôt marginale !

L’opéra était un lieu où l’on écoutait, certes, de la musique, mais surtout, c’était un lieu où l’on devait être vu et où l’on devait signifier sa présence, que l’on soit roi ou reine, empereur ou impératrice, haut dignitaire ou personnalité publique : une intrigue dont l’œil du spectateur ne pouvait se défaire, au détriment, parfois, de ce qui pouvait se tramer sur scène. Mais avec Richard, il n’en est plus question : seul ce qui se joue sur les planches mérite d’être vu et entendu !

L’obscurité règne désormais dans les maisons d’opéra

Il décide alors, en 1876, de plonger le public du Bayreuther Festspielhaus – sa salle d’opéra construite en Bavière pour la création de ses œuvres – dans l’obscurité la plus totale : « La salle n’existe plus ; nos voisins, nos voisines même ne comptent pas ; la plus jolie femme du monde serait là qu’il lui faudrait renoncer aux feux convergents des jumelles, au plaisir d’être lorgnée pour elle-même ; les cocodès, les gommeux les plus irrésistibles partageraient avec l’humiliation de l’obscurité. L’empereur d’Allemagne lui-même est oublié » rappelle Charles Henri Tardieu, un wagnérien de la première heure, dans Lettres de Bayreuth.

Wagner impose la fin des applaudissements

Cette idée selon laquelle Wagner aurait interdit au public d’applaudir pendant ses opéras nous vient d’un récit quelque peu déformé de la réalité. En effet, c’est en 1882, lors d’une représentation particulièrement triomphale du Parsifal donnée à Bayreuth, que le maestro aurait débarqué sur scène à la fin du deuxième acte en expliquant au public qu’il fallait cesser d’applaudir entre les actes pour ne pas interrompre le drame qui était en train de se jouer !

A lire aussi

 

 

Une interdiction prise au pied de la lettre par les adorateurs du maître, devenue, par la suite, une règle d’or au sein du temple sacré : celle de ne jamais applaudir… entre le premier et le deuxième acte de Parsifal ! De là à dire que Wagner ait refusé systématiquement tout applaudissement, ce serait mal connaître la personnalité du maestro, dont l’ego était – souvent – à la hauteur de son génie.

Clément Serrano

Pour en savoir plus sur Wagner