« Le Vaisseau fantôme » de Wagner, un titre français qui ne correspond pas à l’original… pour des questions de droit !

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Non. Der fliegende Höllander de Wagner ne se traduit pas par Le Vaisseau fantôme en français, mais bel et bien par Le Hollandais volant, ce mystérieux navire condamné à errer sur les océans depuis le jour où son capitaine, un pirate surnommé « Le Hollandais », fut maudit. Une traduction française qui ne relève pas de l’incompétence de son traducteur, mais bel et bien d’une condition imposée par son créateur ! On vous explique.

Lorsque Wagner débarque à Paris pour la première fois en septembre 1839, il est sans le sou. Son opéra, Rienzi, est toujours en cours d’écriture, et malgré le soutien de Meyerbeer rencontré quelques semaines plus tôt, cette œuvre lui fermera un bon nombre de portes. Il compose bien quelques mélodies dans la langue de Molière pour subvenir à ses besoins, fait office de gratte-papier pour arrondir les fins de mois, mais rien qui ne puisse véritablement le démarquer, ni même le sécuriser d’une situation financière particulièrement tendue.

C’est alors que Wagner s’attelle à un autre de ses projets. La rédaction d’un poème inspiré d’un récit de Heine, lui-même inspiré d’une légende marine : celle du Hollandais volant. Un écrit qu’il réussit à soumettre en 1840-1841 au directeur de l’Opéra de Paris de l’époque, Léon Pillet, avec l’appui de Meyerbeer. Prévoyant, Wagner a également préparé quelques airs qui pourraient bien finir de convaincre le directeur de l’engager.

Wagner empoche 500 francs

Mais que nenni ! Seule l’ébauche intéresse Pillet qui a dans l’optique d’en confier le développement et la composition à Paul Foucher et Pierre-Louis Dietsch ! : « […] une négociation fut engagée pour qu’il – Richard Wagner – le cédât en échange de quelques centaines de francs, sous la condition qu’il conserverait la propriété de son œuvre en Allemagne et que le titre serait changé à Paris. » peut-on lire dans la Biographique universelle des musiciens de Fétis.

Après quelques hésitations, Wagner finit par accepter l’offre de Pillet, lui permettant ainsi d’empocher la somme de 500 francs et de s’assurer de pouvoir créer sa propre version en langue allemande qu’il présentera sous le nom de Der Fliegende Holländer (littéralement « Le Hollandais volant »). Un opéra qui sera créée en 1843 à Dresde tandis que la version de Dietsch, intitulée Le Vaisseau fantôme, sera créée quant à elle en 1842 à Paris.

L’opéra de Wagner voit le jour en France en 1893

Cette dernière, contrairement à la version de Wagner, n’est pas particulièrement marquante et sombrera assez vite dans l’oubli : « On voit que les inventions de mélodrame par lesquelles les librettistes ont compliqué la simplicité de la légende empruntée par Wagner à un conte de Henri Heine ne sont pas heureuses. La versification est ridicule. Quant au compositeur, Dietsch, maître de chapelle à Saint-Eustache, étant connu comme auteur de musique religieuse, son œuvre fut naturellement jugée ennuyeuse, dépourvue de mélodie, « d’une science qui effraye », disait le correspondant d’un journal de province. » C’est « une steppe dont les horizons ne changent jamais. » écrit le critique Georges Servières dans Le Guide musical de 1897.

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Clément Serrano

 

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