Mark Rothko, le peintre qui ne souriait jamais : Découvrez comment les couleurs ont ranimé ses émotions enfouies

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Pourquoi l’œuvre de Rothko, qui évoque la condition humaine, nous apparaît-elle si nécessaire ?

Le peintre Mark Rothko ne souriait jamais, disait-on. Ce sérieux, il l’a contracté tout jeune, déjà habité par des questions religieuses. Ce géant fragile, grand buveur de vodka, est né à Dvinsk, en Lettonie, le 25 septembre 1903, sous le nom de Markuss Rotkovičs. 

Sa famille pratique une religion juive libérale, à une époque où l’antisémitisme fait rage. Pourtant, son père aura à cœur de lui faire suivre une éducation religieuse. Si ses frères et sœurs n’ont pas reçu cette éducation plus stricte, le petit dernier de la fratrie, lui, s’y pliera pendant 7 ans, jusqu’à son départ pour l’Amérique à l’âge de 10 ans.

Il s’installe avec sa famille à Portland, Oregon

Il y rejoint son père, parti en éclaireur avec les deux aînés, laissant le reste de la famille à Dvinsk. La traversée de l’Atlantique est traumatisante pour l’enfant. Lorsqu’il arrive avec sa mère et ses frères et sœurs, il passe 10 jours chez des cousins avant de retrouver son père à Portland, dans l’Oregon.

Signe de son déracinement, lors du trajet en train, il porte autour du cou une pancarte qui dit « I don’t speak english ». Markuss a à peine le temps de retrouver son père que celui-ci meurt d’un cancer. Pétri de lectures talmudiques et surnommé dans la famille le « petit rabbin », c’est lui qui est chargé de lire la prière aux morts, le Kaddish. A seulement 10 ans, il se rend tous les jours à la synagogue. Un dévouement religieux qui n’ira pas au-delà de l’enfance.

Il y a du figuratif dans l’abstraction de Rothko

A la fin des années 30, Markuss devient Mark, et Rotkovičs renaît en Rothko. Un changement qui sera officialisé sur ses papiers une vingtaine d’années plus tard. Les paysages de l’Oregon, mais aussi ceux qu’il a découverts dans le train, et certainement le souvenir des bâtiments baltes aux couleurs acides vont nourrir sa passion pour des couleurs qui vont ranimer certaines émotions enfouies. On peut dire qu’il y a d’ailleurs quelque chose de figuratif dans l’abstraction de Rothko.

Ses premières peintures sont figuratives, mais celles qui lui vaudront une reconnaissance internationale sont d’une abstraction extraordinaire. Elles sont pourtant le résultat d’une volonté de sa part de travailler dans une forme de tradition.

Lors de ses nombreux voyages, notamment en Italie, il a longuement observé les œuvres de Fra Angelico. Il a l’amour du grand art d’autrefois, et le goût pour la peinture a tempera, fabriquée à partir d’eau, de blanc d’œuf auxquels on mêle les pigments. C’est d’ailleurs ce qui donne aux tableaux de Rothko cette profondeur sans épaisseur. Il y ajoute l’acrylique et la connaissance des peintures synthétiques. En parallèle, il puise son inspiration dans les grands mythes et se plonge dans les textes de Platon, et surtout de Nietzsche.

Une chapelle Rothko à Houston

Même si, en ces Années folles, la vie artistique se situe plutôt à Paris, Rothko parvient à se faire un nom. Ses tableaux vont progressivement prendre des dimensions plus importantes, et exprimer par leur taille une forme d’euphorie. Il voudrait que le spectateur de ses œuvres soit seul face à ses créations, comme dans une chapelle. Il existe d’ailleurs une chapelle Rothko à Houston, dans laquelle il faut s’accoutumer à la pénombre, faire la part du silence et de l’attente, entrer dans une sorte de médiation.

Petit à petit, il abandonne les grandes couleurs et les compositions. Comme tous les dépressifs, il a tendance à se replier sur lui-même. Dans les dernières années de sa vie, ils se sent exploité. Des hommes d’affaires, déguisés en galeristes, font de la spéculation sur son dos.

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Le 25 février 1970, son corps sans vie est retrouvé, les veines ouvertes et le sang saturé de barbituriques. Certains évoquent la possibilité d’un crime maquillé en suicide, pour faire grimper les prix de son œuvre. Sa dernière toile est un rouge monochrome, signe de sang, de terre et d’humanité.

 

 

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