Rendue célèbre par le tableau de Théodore Géricault, le naufrage de la Méduse a fait couler beaucoup d’encre. Quelle était la véritable histoire de cette frégate emmenée par le capitaine Chaumareys au temps de la Restauration ?
En ce mois de juin 1816, la frégate La Méduse croise au large de Madère avec à la barre un certain monsieur Hugues Duroy de Chaumareys. Il avait prévu de faire une escale sur cette île, seulement il s’est un petit peu trompé, puisqu’il en est passé 165 km à l’est. Qu’à cela ne tienne, il met le cap sur le pic de Teide, espérant ne pas manquer Tenerife.
D’ascendance noble, monsieur Hugues Duroy de Chaumareys, avec ses belles médailles, compte parmi les grands officiers de la marine royale. Il a sous ses ordres quatre navires : l’excellente frégate La Méduse, la corvette l’Écho, un brick un peu lourd, L’Argus, et enfin une flûte trop lente, la Loire, qui retardait tout le convoi, ce qui fait que le capitaine Chaumareys a cru bon de les distancer.
L’équipage pourtant ne fait pas entièrement confiance aux qualités du capitaine. Bonapartistes et républicains se côtoient à bord du navire. On est alors en juin 1816, le frère de Louis XVI règne désormais sous le titre Louis XVIII. Napoléon est reparti pour la deuxième fois après son retour de l’île d’Elbe.
Le capitaine Chaymareys n’avait pas pris le large depuis longtemps
C’est la période de la Restauration. Tous les anciens officiers, toutes les personnes qui ont émigré pendant la Révolution sont de retour. Le capitaine Chaumareys en fait partie bien entendu et n’est pas très sûr de lui parce qu’il n’a pas navigué depuis longtemps. Par ailleurs, il adopte une attitude étrange pour un capitaine de son acabit : il autorise un certain nombre de passagers civils à donner des ordres à sa place à l’équipage.
Quelle est la mission confiée au convoi la Méduse ? Il s’agit de mener à bon port la petite population envoyée par le nouveau gouvernement de sa Nouvelle Majesté reprendre possession du Sénégal. Le Sénégal était tombé dans l’escarcelle des Anglais à la faveur des guerres napoléoniennes. Il vient tout juste d’être rétrocédé à la France à l’issue du congrès de Vienne.
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Donc, il s’agit d’une mission politique importante mais non vitale. Le seul vrai danger du voyage réside dans le caractère incertain de la côte mauritanienne et notamment du fameux banc d’Arguin, une gigantesque bande de sable à fleur d’eau que les cartes de l’époque indiquent mal. Le seul moyen de l’éviter à coup sûr est de prendre très au large sitôt repérer le Cap blanc, de réduire l’allure et de sonder fréquemment.
Le 1er juillet, à la tombée du jour, le capitaine Chaumareys ordonne de virer au sud-ouest parce qu’il a aperçu ce qu’il pensait être le fameux cap, alors qu’il s’agissait en fait d’un gros nuage à l’horizon. En réalité, la frégate et la Corvette dans son sillage, se trouvent encore bien plus au Nord que ne le pense le capitaine.
Franck Ferrand vous raconte la suite…