La vie d’Abel Bonnard ressemble à une mauvaise fable : ou comment l’écrivain le plus prometteur de sa génération est devenu le chantre du collaborationnisme.
En 1933 – l’année de l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir – Abel Bonnard est reçu à l’Académie française, élu au fauteuil numéro 12. A 48 ans, il est au sommet d’une carrière littéraire brillante. Les poèmes qu’il a publiés 20 ans plus tôt lui ont valu une certaine gloire dans les grands salons parisiens.

C’est un mondain, qui a toujours le bon mot, la bonne expression, avec un sens certain du comique. Ses romans, toujours empreints de nostalgie, suscitent même l’admiration de Marcel Proust. Il a toujours été patriote, très anticommuniste, mais dès les années 20, il se radicalise, et certains de ses articles dans Le Figaro dévient vers un antiparlementarisme assez aigu.
Abel Bonnard adhère au fascisme quand Mussolini arrive au pouvoir
Dans une biographie qui vient de paraître chez Perrin , Benjamin Azoulay écrit qu’ « avant-guerre, Abel Bonnard est partisan d’une réaction assez traditionnelle, ou du moins d’un conservatisme avancé. Catholique dans son enfance et sa jeunesse, fort d’un réseau social peuplé d’aristocrates, conservateur au lycée, nationaliste, partisan de l’ordre contre le syndicalisme et le socialisme, il se classe facilement au début des années 20 à la droite de la bourgeoisie conservatrice et probablement fut-il alors maurrassien. Dès la prise de pouvoir de Mussolini, il adhère au fascisme, mais ne l’annonce qu’après sa réception à l’Académie française en 1933. Il s’engage dès lors en intellectuel au profit de certains mouvements fascistes français, tout en jouant un rôle de médiateur avec les réactionnaires maurrassiens dont il reprend et développe les critiques de la République, du parlementarisme et de la démocratie ».
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