Gaëtan Dugas, le « patient zéro » du sida et symbole injuste d’une épidémie

iStock

En 1987, la télévision américaine présente Gaëtan Dugas comme l’homme par qui tout aurait commencé. Mais derrière ce mythe se cache une tragédie humaine et une désignation erronée, révélatrice de la peur et de l’ignorance qui entouraient le sida à ses débuts.

Le 15 novembre 1987, des millions d’Américains découvrent, sur les écrans de télévision, le visage d’un jeune homme au sourire éclatant : Gaëtan Dugas. Ce soir-là, dans l’émission 60 Minutes de CBS, un récit prend place : celui d’un séduisant steward canadien, accusé d’avoir propagé à lui seul le virus du sida sur le territoire américain. Un homme réduit au statut de « patient zéro », devenant une figure de culpabilité dans un pays terrifié par un fléau encore mal compris.

Gaëtan Dugas n’est plus présent pour se défendre : il est mort en 1984, des suites de la maladie. Mais à travers les écrits du journaliste Randy Shilts, son nom devient une légende. Dans son livre And the Band Played On, publié en 1987, Randy Shilts bouleverse l’opinion publique et donne un visage à l’épidémie. Pourtant, ce visage est celui d’un innocent. Derrière le mythe du « contaminateur », il y a une erreur de transcription, un symbole déformé, un O devenu 0, et une tragédie humaine décuplée par la peur et l’ignorance.

Un faux coupable

Avant de devenir un sujet de société, le sida était d’abord un mystère médical. A la fin des années 1970, des médecins de New York et de Los Angeles voient apparaître de curieuses maladies chez de jeunes hommes jusque-là en parfaite santé : pneumonies foudroyantes, cancers rares, affaiblissement brutal du système immunitaire… Le phénomène inquiète, mais est tabou au sein du discours public. Néanmoins, le terme de « cancer gay » émerge. La maladie tue, mais personne ne veut la nommer.

A lire aussi

 

Randy Shilts, jeune journaliste du San Francisco Chronicle, homosexuel assumé, voit ses amis mourir les uns après les autres. Face au silence des autorités et des médias, il décide d’enquêter. Son objectif : alerter et provoquer une prise de conscience. Et pour cela, il choisit un visage, celui de Gaëtan Dugas, bel homme, voyageur et séducteur. Randy Shilts sait qu’il prend un risque et trahit sa propre communauté en désignant un homosexuel comme symbole de contagion, mais il pense qu’un choc est nécessaire pour que la société regarde enfin l’épidémie en face.

Franck Ferrand raconte l’histoire d’un innocent devenu malgré lui le visage d’une maladie incomprise et stigmatisante, et d’un journaliste qui, en voulant éveiller les consciences, a créé l’un des mythes les plus injustes du XXe siècle.

Retrouvez Le meilleur de Franck Ferrand raconte