Jack London : Addictions, délinquance, double vie, la jeunesse sulfureuse de l’auteur de « L’Appel de la forêt »

MARY EVANS/SIPA

Jack London a été tour à tour marin, chasseur de phoques, boxeur, chauffeur, repasseur, chercheur d’or, correspondant de guerre, clochard… et surtout écrivain. Né il y a 150 ans, découvrez ces 6 anecdotes méconnues sur le romancier né à San Francisco.

 

1. La mère de Jack London, adepte de spiritisme, pensait que son fils était supérieur aux autres

Avant même la naissance de Jack, sa mère Flora s’était séparée de son mari, William Chaney, un astrologue. Durant sa grossesse, elle tenta de se suicider à deux reprises. Elle épousa finalement un certain John London, mais seulement huit mois après la naissance de son fils, qui portait lui aussi le prénom de John. Pour le distinguer de son beau-père, on l’appela Jack.

Flora Wellman, la mère de Jack London / Wikimedia commons – Domaine public

 

Flora, adepte de l’astrologie et du spiritisme, convainquit très tôt son fils qu’il était doté d’une nature singulière, probablement supérieure à celle des autres. Cette éducation bohème et romanesque, loin d’être aussi misérable que Jack le prétendait, développa néanmoins son imaginaire et son hypersensibilité — deux qualités qui allaient profondément nourrir son talent littéraire.

2. L’alcool, le tabac : des addictions précoces et revendiquées par Jack London

Jack London décrit son premier contact avec l’alcool à l’âge de cinq ans. Dans son récit autobiographique Le Cabaret de la dernière chance, il raconte comment, chargé d’apporter un seau de bière à son père aux champs, il céda à la tentation : « La bière était une denrée très précieuse, elle devait être prodigieusement bonne. Le seau était plein, trop plein. Je le cognais entre mes jambes et la bière se renversait par terre. Pourquoi la gâcher ? Personne ne saurait si j’en avais bu ou renversé. »

Une addiction précoce, qu’il théorisera plus tard en affirmant que l’ivrognerie est d’origine sociale et frappe les êtres fragilisés par des conditions de vie exécrables — lui qui avait vécu ce qu’il dénonçait.

Le jeune Jack avait aussi l’habitude de chiquer du tabac en secret. Lorsque sa demi-sœur Elisa le découvre, elle est consternée. En ouvrant la bouche, le futur écrivain révèle l’état désastreux de sa dentition : une cavité édentée, noircie par le jus de chique. Il manque à Jack tout le râtelier supérieur, des dents arrachées par un dentiste peu scrupuleux durant l’une de ses équipées, sous prétexte de douleurs insupportables. Quant aux autres dents, elles sont simplement gâtées. Elisa lui propose alors un marché : s’il renonce à chiquer, elle lui offre une prothèse dentaire neuve. Il accepte, et peut bientôt exhiber une dentition d’un blanc immaculé. Il ne pourra cependant jamais se passer du tabac qui, avec l’alcool, ne cessera d’altérer sa santé.

3. Jack London adolescent entre pillage et double jeu

À quinze ans, employé dans une conserverie dans des conditions éprouvantes, travaillant chaque jour quatorze heures pour un salaire de misère, Jack London fréquente les garçons du port et bascule dans une vie de délinquance. Avec sa barque, il pille les parcs à huîtres des grandes compagnies de la baie de San Francisco. Lorsque le pillage ne suffit plus, il n’hésite pas à dévaliser les ouvriers le soir de paie, les dépouillant jusqu’à leurs vêtements. Mais le plus étonnant reste la suite : peu après, il intègre la patrouille de pêche chargée de contrôler… les activités illicites dans cette même baie.

4. Jack London frôle la mort en tombant dans l’eau glacée

Son penchant pour l’alcool faillit lui coûter la vie. Une nuit, complètement ivre dans un port de Californie, il tenta de sauter du quai sur le pont d’un bateau, manqua son élan, glissa et tomba à l’eau. Les courants violents l’entraînèrent loin du quai. Bon nageur, il se débarrassa de ses vêtements et fit la planche, mais le froid eut raison de ses forces. Il passa quatre heures dans une eau glacée, résigné à mourir, avant qu’un pêcheur grec ne le repère et le hisse à bord.

5. La prison et la révélation sociale

Suivant une bande de chômeurs en marche vers Washington pour protester contre les mauvaises conditions de vie, en pleine récession économique de 1893, Jack London finit par renoncer à ce qu’il juge une démarche inutile. Il échoue à Buffalo, où il est arrêté pour vagabondage et jeté en prison. Son biographe Bernard Fauconnier, dans l’édition Folio Gallimard, qualifie l’expérience d’« horrible mais formatrice » : « Il a vu l’humanité la plus déchue, la plus bestiale, au fond de la misère sociale et morale. Cette expérience est comme un accélérateur de connaissance. » Jack London n’a alors que dix-neuf ans.

6. Une double vie entre mariage bancal et passion secrète

Au faîte de sa gloire littéraire, Jack London mène une existence déchirée. Dans sa belle maison de la colline de Piedmont, il partage une vie difficile avec son épouse légitime, Bess — un couple qui fait bonne figure en société, mais dont le mariage bat de l’aile.

Charmian Kittredge en 1905 / Wikimedia commons – Domaine public

 

En secret, il fréquente Charmian Kittredge, celle qui l’accompagnera jusqu’à la fin de sa vie.

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Les complications de son divorce et les rumeurs colportées par une presse avide de scandales l’empêchent de vivre ouvertement avec elle. Leurs escapades se limitent à des chevauchées équestres propices aux aventures amoureuses. Comme un lion en cage, London finit par quitter le domicile conjugal, s’achète un voilier d’occasion et prend le large, fuyant peut-être, avant tout, ses propres contradictions.

Franck Ferrand

 

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