Bien avant que Napoléon ne s’impose, un autre général semblait promis à incarner le renouveau d’un pays à la dérive. Barthélemy Catherine Joubert, étoile filante de la Révolution, aurait pu changer le cours du monde. Et si, dans le grand roman de l’Histoire, une balle perdue ou un amour naissant avait suffi à réécrire le destin de la France ?
Né en 1769, la même année que Napoléon Bonaparte, Barthélemy Catherine Joubert n’a rien d’un favori de la fortune. Fils d’une famille modeste de l’Ain, il s’élève par la grâce des bouleversements révolutionnaires. La guerre, terrain de toutes les audaces, le propulse au sommet. À 27 ans, il s’illustre lors de la campagne d’Italie, gagnant la confiance de ses hommes et l’attention des dirigeants par son sang-froid et son efficacité.
À Paris, la République vacille sous les coups des coalitions étrangères et les intrigues internes. Le Directoire, fragile, cherche un homme providentiel pour sauver le régime. Napoléon est alors bien loin, embourbé dans l’expédition d’Égypte. L’heure de Joubert semble avoir sonné.
Talleyrand et Sieyès veulent un symbole irréprochable, Joubert coche toutes les cases
Dans les coulisses du pouvoir, Emmanuel-Joseph Sieyès, figure du Directoire, imagine un nouveau régime. Pour l’incarner, il lui faut un général jeune, victorieux, populaire, mais encore vierge de toute compromission politique. Joubert coche toutes les cases. Talleyrand, le diplomate aux mille visages, s’affaire à le rendre présentable dans les salons parisiens. Un mariage arrangé avec Zéphirine de Montolon, fille adoptive d’un diplomate influent, parachève l’opération. Mais là où la politique s’invite, l’amour n’est jamais loin : ce mariage de raison devient une passion sincère, transformant le général en homme comblé et inspiré.
Le pouvoir s’apprête à changer de mains. Joubert, auréolé de sa popularité, n’a plus qu’à s’illustrer sur le champ de bataille pour que l’Histoire lui ouvre grand les portes du destin.
Joubert participe à la bataille de Novi, son destin est scellé
L’été 1799 s’annonce décisif. L’Autriche et la Russie reprennent l’offensive en Italie. Joubert, nommé à la tête de l’armée d’Italie, doit inverser le cours des événements. Mais l’attente amoureuse retarde son départ et le redoutable général Souvorov en profite pour fortifier ses positions.
Le 15 août, la bataille de Novi s’engage. Joubert, à peine arrivé, galvanise ses troupes. Mais alors qu’il touche le médaillon contenant le portrait de Zéphirine, une balle autrichienne le frappe en plein cœur. Le général s’effondre, la bataille tourne à la déroute, la France perd l’Italie du Nord, et le Directoire son espoir de renouveau.
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La disparition de Joubert bouleverse les plans de Sieyès. Le général providentiel n’est plus. Deux mois plus tard, Bonaparte rentre d’Égypte. L’Histoire, capricieuse, lui déroule le tapis rouge. L’homme qui devait incarner la stabilité du régime n’est plus, et c’est un autre homme, plus ambitieux, qui s’impose. L’Empire est en marche.
Franck Ferrand
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