Claude Debussy : Jeune, il a vécu auprès de la bienfaitrice de Tchaïkovski, la comtesse von Meck

MARY EVANS/SIPA

En 1880, Claude Debussy fait une rencontre qui change son destin. Marmontel, son professeur au conservatoire, qui l’a déjà recommandé auprès de la mécène Marguerite Wilson-Pelouze, propose les services du jeune musicien à la comtesse von Meck, célèbre bienfaitrice de Tchaïkovski.

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Née en 1831, Nadejda von Meck a épousé à 17 ans un ingénieur d’État qui, en grande partie à l’initiative de son épouse, a amassé une fortune considérable dans les chemins de fer russes. Ils ont eu 11 enfants, Élisabeth, Alexandra, Valdemar, Julia, Lydia, Nicolas, Alexandre, Sonia, Maximilien, Michel et Ludmilla.

Nadejda von Meck / Wikimedia commons

En 1872, son mari meurt soudainement d’une crise cardiaque en apprenant l’infidélité de son épouse. Et la même année, elle se prend de passion pour la musique de Tchaïkovski. Elle a offert au musicien russe non seulement un secours matériel manifeste, mais aussi une sorte de sécurité morale, à lui qui était tellement tourmenté par son homosexualité.

Une part de l’inspiration de Debussy va naître auprès de Madame von Meck

Lorsqu’elle rencontre Claude Debussy, celui-ci n’a que 18 ans. Il sait, bien entendu, qu’elle est la bienfaitrice de Tchaïkovski. Et il se trouve que ce séjour auprès de Madame von Meck va laisser une trace très durable dans la vie de Debussy. Une part de l’inspiration de ce jeune homme va lui venir de là.

La correspondance de Madame von Meck avec Tchaïkovski permet paradoxalement de suivre ses déplacements, et de comprendre dans quel univers vit Debussy entre 18 et 20 ans.

Le jeune musicien parcourt une bonne partie de l’Europe. Que fait Claude Debussy auprès de Madame von Meck ? Ils jouent du piano ensemble, des pièces à quatre mains. Il accompagne Julia lorsqu’elle chante en amateur, donne des leçons de piano à Sonia. Il développe la théorie musicale avec Alexandre. Il joue en trio avec un violoniste et un violoncelliste. Bref, il fait partie de la petite société qui gravite autour de cette dame fort riche et que la musique accompagne à chaque instant de la vie.

Debussy décrit comme « un gamin de Paris » par la comtesse von Meck

Cette ambiance dépayse beaucoup Debussy. Ça le dégrossit, lui qui était un peu compassé dans ses habitudes de la Nouvelle Athènes, le voilà maintenant brassé dans cette Europe cosmopolite et culturelle.

Dans sa biographie de Debussy, Edward Lockspeiser rapporte que Madame von Meck écrit à Tchaïkovski : « Hier, à ma grande joie, est arrivé mon cher Achille Debussy (Achille est le vrai prénom de Claude Debussy). Gamin de Paris, des pieds à la tête, plein d’esprit, c’est un merveilleux imitateur. Il singe, entre autres, Gounod, Ambroise Thomas de la façon la plus divertissante du monde. Il est si facile à vivre. Content de tout, il nous amuse tous énormément. Bref, c’est un être charmant ».

Et dans les mémoires de Sonia, on peut lire, « ce petit Français mince, gai, remuant, apportait beaucoup de vie à notre solennelle famille ». Nicolas parle d’un jeune homme « brun, mince, sarcastique. Il donnait des surnoms amusants à tout le monde. Il appelait notre grassouillet précepteur, le petit hippopotame en vacances. En retour, nous le surnommions le bouillonnant Achille ».

La première publication de Debussy est parue en Russie

En septembre 1880, Madame von Meyck tente de faire approuver par Tchaïkovski deux compositions de Debussy, dont La Danse Bohémienne pour piano, qui est complètement rejetée par Tchaïkovski. Elle lui envoie aussi l’arrangement pour piano à 4 mains par Debussy de la Suite des Danses du Lac des Cygnes. Elle demande que l’éditeur de Tchaïkovski veuille bien les publier.

La première publication de Debussy est donc l’arrangement d’une œuvre de Tchaïkovski paru en Russie !

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Debussy revient à Paris dans les derniers jours du mois d’octobre 80. Sonia von Meck a décrit l’effusion des grands adieux qui ont précédé cet arrachement. « Debussy resta avec nous jusqu’à la fin de l’automne, mais dut rentrer au conservatoire. Quand vint le moment des adieux, il pleura comme un enfant »

Franck Ferrand

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