Salon de l’agriculture : La disparition des petites fermes pointée par l’association Terre de liens

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Les terres agricoles se raréfient en France et les fermes disparaissent alors que le Salon de l’agriculture ouvre ses portes ce samedi 26 février à Paris. L’association Terre de liens publie ce matin et pour la première fois, un rapport sur l’état des terres agricoles en France. Elle alerte notamment sur les difficultés d’accès au foncier.

En 10 ans, entre 2010 et 2020, la France a perdu 100 000 exploitations

Emeric Duclaux, arboriculteur installé depuis un an en Haute-Loire, a été confronté à ces problèmes d’accès au foncier. Pour trouver 5 hectares il lui a fallu 5 ans de recherches : « j’ai cherché pendant des années dans mon secteur, je me suis rendu compte que cela allait être compliqué. J’ai donc commencé à regarder à l’échelle de la région pendant près de deux ans. Je me suis dit que j’allais chercher beaucoup plus loin comme au Pays basque, en Bretagne et finalement j’ai trouvé après 5 ans de recherches ». Soit les terres étaient déjà convoitées par des exploitants locaux, soit les fermes étaient beaucoup trop grandes pour son projet et donc pour son budget. C’est finalement grâce à l’association Terre de liens, qui accompagne l’installation de nouveaux agriculteurs depuis 20 ans, qu’il va trouver ses 5 hectares.

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Et ce cas est loin d’être isolé, c’est ce qui ressort du rapport de Terre de liens. Tanguy Martin est chargé de plaidoyer pour l’association : « 2/3 des surfaces qui sont à transmettre partent à l’agrandissement c’est-à-dire qu’elles vont renforcer et agrandir des fermes qui existent déjà. Cela fait autant de surfaces en moins qui permettent l’installation de nouveaux agriculteurs ou la transmission des fermes ». Le résultat est qu’en 10 ans, entre 2010 et 2020, la France a perdu 100 000 exploitations. Elle n’en compte plus que 390 000 aujourd’hui. Et les fermes s’agrandissent avec 69 hectares de surface en moyenne. C’est 26 de plus qu’en 2010, avec des conséquences notamment sur l’emploi agricole, selon Terre de liens : 80 000 équivalents temps plein perdus là aussi, en 10 ans.

12 millions d’hectares de terres ont été perdus depuis 1950

Et parce que les fermes deviennent plus grandes, elles sont plus chères. Il est donc plus difficile d’acheter pour de nouveaux venus. C’est ce que pointe du doigt Terre de liens alors que l’enjeu de la transmission des terres va devenir un sujet majeur ces prochaines années : « d’ici 10 ans, 25% des agriculteurs vont partir à la retraite et vont donc libérer 5 millions d’hectares qui vont être à transmettre. Mais à qui vont-ils être transmis et pour quoi faire ? Cela va-t-il agrandir des fermes massivement et qui existaient déjà ou est-ce que ces hectares vont permettre une nouvelle arrivée de génération d’agriculteurs qui ont envie de nourrir les territoires, d’adopter des pratiques agroécologiques notamment de l’agriculture biologique ? ».

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L’association s’inquiète également de l’artificialisation des sols. C’est l’autre grande menace qui pèse sur les terres agricoles en France avec 12 millions d’hectares de terres perdus depuis 1950 : « depuis les années 50 on est passé de 72% des sols à usage agricole à 52% de nos jours. On a perdu 20% du territoire dont la majeure partie a été coulée sous le bitume et le béton ».  Selon Terre de liens, l’équivalent de la surface nécessaire à nourrir une ville moyenne comme Le Havre est perdu chaque année en France. L’association appelle tous les candidats à la présidentielle à s’engager pour une grande loi sur les terres agricoles avec notamment un moratoire sur la construction des terres et une réorientation de la régulation foncière.

Baptiste Gaborit

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