Vosges : Le bras de fer entre Nestlé Waters et les associations se poursuit

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L’eau et sa répartition, un sujet de vives tensions dans plusieurs régions françaises. C’est le cas dans la région de Vittel, dans les Vosges, où les associations dénoncent la priorité accordée aux prélèvements de l’entreprise Nestlé. Une enquête publique s’est clôturée hier soir.

Les prélèvements de Nestlé vont-ils pénaliser la population et les activités agricoles ?

L’enquête publique portait sur la modification des volumes de prélèvements d’eau effectués par l’entreprise Nestlé Waters dans les nappes souterraines de la région pour son usine d’embouteillage et sa marque Vittel. Il s’agit en fait d’une nouvelle répartition des forages de la multinationale avec une demande d’autorisation dans ce qui est appelé les gîtes A et B, des nappes superficielles. Cela pose problème selon les associations, car on ne connaît pas bien le fonctionnement et les limites de prélèvements dans ces nappes. Jean-François Fleck, porte-parole du collectif Eau 88 : « cette nappe superficielle, contrairement à la nappe profonde, n’a pas fait l’objet d’une étude précise quant à son fonctionnement. Donc on ne connaît pas aujourd’hui les volumes prélevables maximum au-delà desquels cela pourrait nuire à la nappe et aux milieux aquatiques superficiels comme les zones humides et surtout les cours d’eau. Attribuer aujourd’hui à Nestlé des autorisations de prélèvement sans savoir combien de mètres cubes on va pouvoir accorder aux collectivités, pour nous c’est un non-sens ». 

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Il n’y aurait donc pas de visibilité sur les conséquences des prélèvements de Nestlé sur l’environnement. Et quelles seront les conséquences pour l’approvisionnement en eau potable des communes de Vittel ou de Contrexéville ? C’est la grande question. Bernard Schmitt, membre du collectif et président de Vosges nature environnement précise qu’avec le changement climatique, « on aura une baisse de la pluviométrie en hiver, les nappes ne seront pas rechargées. On a peur que dans les 10 années à venir, il n’y ait pas suffisamment d’eau pour toutes les activités de la population et des agriculteurs. On met en place une priorité à l’industriel, ce qui nous choque profondément ». 

 

« Nous n’avons pas demandé d’augmenter notre volume autorisé » assure Nestlé

D’autant que Nestlé Waters a aussi des forages dans une nappe souterraine appelée la nappe des Grès du Trias Inférieur. L’entreprise n’est pas la seule à l’exploiter mais le niveau de la nappe a beaucoup baissé, elle n’arrive plus à se recharger et à compenser les pompages. Nestlé se refuse à toute interview avant la remise du rapport du commissaire-enquêteur, mais l’entreprise assure que ses niveaux de prélèvement ont baissé de 50% dans la nappe des Grès du Trias Inférieur depuis 2010, la nappe la plus profonde. En début d’année, Nestlé a demandé une autorisation pour baisser encore son prélèvement annuel dans cette nappe souterraine de 500 000 à 200 000 m3. Pour ce qui est des nappes superficielles, concernées par l’enquête publique, il s’agit selon l’entreprise de passer d’une multiplicité d’autorisations de forages à une autorisation unique. Ce n’est qu’une question de répartition et tout va se faire à volume constant : « nous n’avons pas demandé d’augmenter notre volume autorisé » nous assure Nestlé. Par ailleurs, l’entreprise a versé au dossier une étude d’impact environnemental, réalisée par un cabinet indépendant. Elle confirme l’équilibre des nappes superficielles, y compris avec les effets à venir du changement climatique. Les associations, elles, demandent une étude réalisée par l’Etat. Le rapport du commissaire enquêteur doit être rendu dans un mois environ.

Baptiste Gaborit

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