Langue française : La méthode infaillible pour arrêter ces 4 tics de langage que tout le monde utilise

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Parlons des expressions parasites dans notre langage. Parmi les plus répandues figure incontestablement la locution « en fait ». Les parents et les personnes en contact avec des enfants connaissent bien ces phrases qui débutent systématiquement par cette formule.

Pour aider les jeunes à ne pas en abuser, il est essentiel de les corriger systématiquement lorsqu’ils y ont recours ! Un petit détour par l’histoire de la langue s’impose. Cette expression est parfaitement légitime, puisqu’elle est apparue dès le 13ème siècle avec pour fonction de corriger une affirmation jugée erronée. Néanmoins, depuis les années 1980, son usage s’est généralisé au point qu’elle a perdu sa signification d’origine.

Dans cette situation, il est préférable de diversifier nos formules de transition, d’autant que les alternatives ne manquent pas. On peut opter pour « en réalité », « en vérité », « au fond », « à proprement parler » ou encore « effectivement », bien qu’il convienne, comme toujours, de ne pas en abuser.

Une formule plus longue et moins spontanée

Ces habitudes langagières ont un caractère contagieux, comme chacun sait. Il arrive fréquemment d’assister à un échange où le journaliste finit par adopter les « en fait » et les « du coup » de la personne interviewée, propageant à son tour ces expressions.

Ma recommandation infaillible pour éliminer les « en fait » consiste à les substituer par « en réalité ». Cette formule étant plus longue et moins spontanée, elle devient rapidement contraignante, ce qui nous pousse naturellement à la supprimer. Je vous garantis l’efficacité de cette méthode.

Autre exemple, le fameux « du coup », qui constitue un appui verbal, et nous apporte une certaine assurance. Quelle est la raison pour laquelle cette expression est si souvent utilisée ? Tout simplement parce que la formuler nous offre un moment pour organiser la suite de notre discours.

L’emploi abusif de « du coup »

Il existe tout de même une situation où l’emploi de « du coup », bien qu’irritant habituellement, se révèle parfaitement approprié. Le terme contient le mot « coup », il convient donc de l’utiliser lorsqu’un événement se produit de manière soudaine. « Un son puissant et grave a retenti. Du coup, l’ensemble des personnes présentes s’est dispersé en quelques instants ».

En revanche, lorsqu’on utilise « du coup » pour remplacer « donc », comme c’est couramment le cas de nos jours, on commet un emploi abusif. Il suffit d’utiliser « donc » dans ces situations, ou si l’on souhaite adopter un registre plus formel, on privilégiera « de ce fait » ou encore « par conséquent ».

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Profitons-en aussi pour éliminer un pléonasme syntaxique très courant qui peut se décliner ainsi : « mais cependant », « mais pourtant », « mais toutefois »... En réalité, l’utilisation d’un seul de ces termes est amplement suffisante. Il est judicieux de varier les expressions pour exprimer l’opposition plutôt que d’employer systématiquement « mais ». Néanmoins, lui associer d’autres adverbes ne présente aucun intérêt et conduit à la création d’une répétition syntaxique.

Terminons par « J’ai envie de dire ». Cette formule manque véritablement de substance. On y a recours généralement par prudence verbale, afin de signaler que nos propos risquent de déranger, tout en les exprimant malgré tout. Cette tournure a fait son apparition au cours des années 2010. Lorsqu’on l’utilise, cela signifie-t-il qu’on s’abstenait jusqu’alors d’exprimer ce qui nous tenait à cœur ? Nullement, ce n’est pas le cas. Mieux vaut exprimer votre pensée sans détour.

Karine Dijoud

 

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