Les Rencontres d’Arles : « Dans une période où l’histoire est sans cesse réécrite, on montre que les images, elles, résistent » explique Christophe Wiesner

Crédit : ISA HARSIN/SIPA

Du 7 juillet au 5 octobre 2025, la ville d’Arles se métamorphose en capitale mondiale de la photo. Pour sa 56ème édition, les Rencontres d’Arles sont portées par le thème « Images Indociles », célébrant la diversité. Invité de la matinale, Christophe Wiesner, le président du festival, revient sur le programme mettant à l’honneur deux pays cette année : l’Australie et le Brésil.

« Ce qui est fascinant dans cette ville, c’est qu’avec le début du festival, des chaises et des tables s’installent, et la ville commence à reprendre vie. Elle passe d’un état de dormition en hiver à quelque chose qui bouillonne et vibre ! », explique Christophe Wiesner, directeur des Rencontres d’Arles. Fort d’un démarrage en trombe pour sa 56ème édition avec une augmentation de 15 % de visiteurs en juillet par rapport à l’année précédente, le festival aborde cette année le thème des « Images Indociles ».

Christophe Wiesner souligne que les Rencontres d’Arles souhaitent transmettre un message précis cette année : « Les images résistent à la volonté de les effacer, à la volonté de leur faire dire des choses qu’elles ne veulent pas dire. Ainsi, dans une période où l’on ne cesse de réécrire ou de transformer l’histoire, il faut rappeler que les photographes sont là aussi pour témoigner et donner un avis sur la situation. »

L’Australie et le Brésil à l’honneur pour un message d’unité et d’espoir

Chaque été depuis 1970, les Rencontres d’Arles contribuent à transmettre le patrimoine photographique mondial. Surnommée la capitale de la photographie, la ville d’Arles propose plus de quarante expositions installées dans divers lieux patrimoniaux.

Pour cette 56ème édition, l’Australie et le Brésil sont mis à l’honneur : « Notre affiche est d’ailleurs une bonne représentation du thème. C’était un processus assez long pour la choisir car on voulait que ce soit une contraction du message que l’on veut faire passer. On voit donc un garçon d’origine aborigène déguisé en Captain America sur une carcasse de voiture, ce qui est assez ironique avec ce qui se passe actuellement aux États-Unis. »

Pour transmettre le message le plus clairement possible, le directeur des Rencontres d’Arles a créé une équipe spéciale : « C’est une exposition réalisée avec quatre commissaires, dont deux d’origine autochtone et deux qui ne le sont pas. Notre but était de montrer qu’on peut réussir à construire quelque chose ensemble. Nous l’avons fait en nous mettant d’accord sur un objectif commun : que notre message soit un signe positif sur l’avenir ! »

L’IA dans la photographie : entre opportunités créatives et biais algorithmiques

Outils de retouche automatique, générateurs d’image, appareils photo de plus en plus intelligents : l’intelligence artificielle fait aujourd’hui partie du monde de la photo. Poutant d’après Christophe Wiesner, le sujet doit encore être étudié : « L’intérêt de faire une exposition sur l’intelligence artificielle est évidemment réel. Cette année, il y a même deux artistes photographes d’origine brésilienne qui travaillent avec l’IA. Mais ce qui reste encore assez complexe, c’est la question des droits d’auteur car rien n’est encore clarifié. Pour l’instant, je considère l’IA comme un outil supplémentaire qui s’ajoute à la palette des photographes. »

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Igi Lola Ayedun et Mayara Ferrao utilisent l’intelligence artificielle générative Midjourney pour réaliser leur création. Mais le directeur des Rencontres d’Arles dévoile qu’elles ont réalisé une découverte surprenante sur l’algorithme de l’IA : « Comme l’IA mâche toutes les images chargées et comme il y a beaucoup plus d’images issues de la culture nord-américaine ou européenne, on s’aperçoit d’une certaine stéréotypisation quand on demande à l’algorithme de générer une image de personnes issues des communautés autochtones ou brésiliennes. Les deux artistes en viennent même à dire que l’IA est finalement raciste. »

Alessandra Wyak

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