C’est une plongée dans un joyau de l’art théâtral français que nous a proposé ce vendredi David Abiker. À la tête de la Comédie-Française depuis six mois et membre de la troupe depuis une vingtaine d’années, Clément Hervieu-Léger revient sur son parcours, l’esprit unique de la maison de Molière et les défis contemporains de cette institution.
Nommé administrateur général depuis quelques mois, Clément Hervieu-Léger n’est pas un inconnu à la Comédie-Française. Entré dans la troupe il y a vingt ans, il a connu toutes les étapes du parcours, de pensionnaire à sociétaire. « C’est d’abord un changement de point de vue. J’ai connu ce théâtre au sein de sa troupe. Aujourd’hui, je me dois de diriger une maison qui est constituée de tous ceux qui font le théâtre, pas seulement la troupe, mais toutes les équipes », confie-t-il. La nomination à la tête de la Comédie-Française pose toujours la question du choix d’un dirigeant issu de l’intérieur ou de l’extérieur. « J’étais le candidat de l’intérieur, ça a été le choix du Président de la République. La connaissance de la maison depuis 20 ans est un atout formidable », estime-t-il.
La devise « Simul et Singulis », être ensemble et être soi-même, guide son action : « C’est une réunion de très grands talents, de très grandes personnalités fortes, avec des caractères parfois bien trempés. On se connaît très bien et c’est ça qui fait la force de cette maison. » Il insiste aussi sur la spécificité du modèle d’autogestion : « Il y a au sein de cet établissement public une société privée, la Société des Comédiens-Français. Il faut respecter ça. On apprend beaucoup en réfléchissant à la manière dont cette maison a été construite historiquement. »
L’intemporalité de Molière, Goldoni et Shakespeare
L’égalité salariale fait partie de l’ADN de la Comédie-Française : « Depuis Molière, il y a une égalité salariale entre les hommes et les femmes. Dès le XVIIe siècle, les comédiennes et les comédiens étaient payés pareil. » La maison bénéficie d’une image exceptionnelle, nourrie par son histoire et sa troupe. « On a la chance de recevoir un écho très favorable, notamment grâce à nos mécènes. La Comédie-Française, c’est une machine à souvenirs. Beaucoup de gens ont des souvenirs d’enfance ici. »
Depuis dix ans, un partenariat avec Pathé permet de diffuser le théâtre au cinéma. « Un million de spectateurs sont allés voir une pièce au cinéma. Cette expérience donne envie aux gens ensuite d’aller au théâtre, et ça, c’est formidable », se réjouit Clément Hervieu-Léger. L’innovation est aussi au service de l’accessibilité : « Les malentendants peuvent réserver des lunettes connectées qui affichent les dialogues. » Et alors que la salle Richelieu est fermée, la troupe se déploie dans onze lieux à Paris, rendant le théâtre plus accessible que jamais.
A lire aussi
Clément Hervieu-Léger voit en certains auteurs d’antan leur capacité à résonner avec notre époque : « Molière, dans Le Misanthrope, pose des questions très actuelles sur les codes sociaux. […] Goldoni est un sociologue extraordinaire, et Shakespeare excelle dans la comédie du pouvoir. » En ces temps incertains, la Comédie-Française continue de faire vivre les grands textes, portés par une troupe soudée et inventive, fidèle à l’esprit de Molière et ouverte sur le monde.
Daphnée Cataldo
Retrouvez l’actualité du Classique