Parmi les milliers de documents publiés par la justice américaine, apparaissent les noms de musiciens français tels que le chef d’orchestre Frédéric Chaslin ou le pianiste Simon Ghraichy. Autant d’indices qui montrent comment l’homme d’affaires et trafiquant sexuel américain avait cherché à étendre son réseau d’influence au secteur de la musique classique.
Outre la révélation d’échanges de mails entre Jeffrey Epstein et Frédéric Chaslin, le chef d’orchestre français qui a depuis déploré les interprétations et les insinuations portées à son encontre, on a appris que l’homme d’affaires et trafiquant sexuel américain s’était rapproché, dans les années 2010, du pianiste d’origine libano-mexicaine Simon Ghraichy qu’il aurait rencontré lors d’une réception à l’Institut du Monde Arabe, dirigé jusqu’à cette semaine par… Jack Lang.
Les séjours de Jeffrey Epstein à Paris étaient bien orchestrées par des musiciens français. Le délinquant sexuel pouvait compter sur le chef Frédéric Chaslin et le pianiste Simon Ghraichy pour lui trouver de jeunes assistantes personnelles…https://t.co/elQe4ULNoP
— Le Canard enchaîné (@canardenchaine) February 10, 2026
Selon Olivia Giovetti, du blog Criticaldrift, « Epstein semble être devenu une sorte de mentor professionnel pour Graichy ». Il est vrai que la carrière du musicien, jusqu’alors peu connu, a pris un essor notable à partir de 2014 avec des engagements notamment au festival d’Aix en Provence, au Carnegie Hall ou au Kennedy Center et la signature d’un contrat d’enregistrement exclusif avec Deutsche Grammophon.
Contacté par l’AFP, Simon Ghraichy a déclaré : « À l’époque, je n’avais aucune idée ni de cette condamnation, ni d’autres agissements criminels de Jeffrey Epstein (…) J’arrivais à New York où j’étais seul, je n’étais pas accompagné professionnellement. J’ai rencontré cette personne et nous avons eu exclusivement une relation de mécène à artiste émergent ».
Jeffrey Epstein se vantait d’avoir accompagné au piano Jacqueline du Pré
La recherche d’influence dans le milieu de la musique classique de la part de Jeffrey Epstein remonte aux années 70. Alors qu’il avait appris le basson dans sa jeunesse, l’homme d’affaires américain se vantait d’avoir également atteint un très bon niveau au piano au point même, selon ses dires (jamais confirmés), d’avoir joué au côté de la célèbre violoncelliste anglaise Jacqueline du Pré en 1971 alors qu’il n’avait que 18 ans. Une proximité qui lui aurait permis de s’approcher de la haute société britannique et notamment du Prince Andrew.
A lire aussi
On sait également que Jeffrey Epstein a soutenu financièrement, à partir du début des années 90, l’école de musique d’Interlochen dans le Michigan où il avait étudié la musique et dans laquelle il aurait approché plusieurs jeunes élèves dont Jane Doe (pseudonyme), alors âgée de 13 ans, qui a déclaré lors du procès de Ghislaine Maxwell, maîtresse et collaboratrice d’Epstein, avoir été violée alors qu’il lui avait promis de faire avancer sa carrière.

À une autre élève d’Interlochen, Melissa Solomon, violoncelliste de 14 ans à l’époque, Jeffrey Epstein avait promis de l’aider à intégrer la prestigieuse Juilliard School de New York. Les dossiers Epstein révèlent également des échanges nombreux avec le chef d’orchestre américain Leon Botstein qui permis à l’homme d’affaires d’avoir accès notamment à des répétitions de concerts en échange de dons pour l’institution (College Bard) que présidait le maestro.
L’affaire du violoncelle prêté au gendre du ministre israélien Ehud Barak
Il y a également l’affaire du violoncelle que Jeffrey Epstein avait acquis en 2010 par l’intermédiaire d’une de ses fondations et après avoir consulté une de ses relations, le violoncelliste William DeRosa. L’instrument, fabriqué à la fin du XIXe siècle par le luthier de Ferrare Ettore Soffritti, fut acheté pour 165 000 dollars et prêté au jeune violoncelliste israélien Yoed Nir, gendre du ministre israélien de la Défense Ehud Barak, plusieurs fois mentionné dans l’affaire Epstein.
Et même si ce dernier a déclaré à l’époque qu’il supposait que le violoncelle fut prêté uniquement en reconnaissance du talent de son gendre, il n’empêche que la relation entre l’ancien premier ministre israélien et Jeffrey Epstein s’est avérée particulièrement intense de 2013 à 2017.
Philippe Gault
Retrouvez l’actualité du Classique