Beatrice Venezi prendra la direction musicale du Teatro La Fenice de Venise en octobre prochain. Au-delà de la contestation que manifeste l’orchestre vénitien, la nomination de cette cheffe d’orchestre, proche de Giorgia Meloni, provoque des remous au sein de la classe politique italienne.
Ce mercredi, Beatrice Venezi, qui prendra les rênes de l’orchestre de La Fenice dans sept mois, fera sa première apparition publique à Venise à la prison pour femmes de la Giudecca. La jeune cheffe d’orchestre n’y dirigera pas un concert mais fera une lecture devant des détenues sur le thème de la résilience et de l’émancipation des femmes. Une intervention très attendue alors que, depuis l’annonce de sa nomination en septembre 2025, elle n’a toujours pas rencontré directement les employés de la Fenice.
Les employés de l’institution vénitienne et leurs syndicats ont pourtant multiplié, en vain, les demandes de concertations avec la cheffe d’orchestre italienne dont ils contestent la nomination, et avec la direction de l’orchestre. « Hormis ces déclarations qui exprimaient l’espoir d’une réunion prochaine, rien ne s’est concrétisé depuis des mois », a déclaré Marco Trentin, secrétaire provincial de la FIALS (syndicat majoritaire) et musicien de l’orchestre, ajoutant : « Nous n’avons jamais été convoqués ».
Le Mouvement Cinq Étoiles dénonce « un système de copinage »
L’opposition à la nomination de Beatrice Venezi se manifeste surtout dans la rue notamment par la distribution de badges, portés par la plupart des musiciens de l’orchestre, et de tracts à l’occasion de manifestations organisées lors de représentations à La Fenice mais également partout où la cheffe d’orchestre se produit. Ce fut encore le cas le week-end dernier pour la première de La Traviata de Giuseppe Verdi le 7 février au Campo San Fantin à Venise mais également la veille à Trieste autour du Teatro Verdi où Beatrice Venezi dirigeait la dernière d’une série de concerts consacrés à Mahagonny, l’opéra de Kurt Weil sur un livret de Bertolt Brecht.
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Mais la polémique autour de la nomination de Beatrice Venezi sort désormais du cadre local pour s’inviter dans le débat politique transalpin. Particulièrement virulent, le Mouvement Cinq étoiles (M5S), troisième parti politique en Italie, qualifie le cas Venezi de « test décisif » quant à la manière dont le gouvernement gère l’opéra et les salles d’opéra « par le biais de nominations autoritaires », et dénonce « un système de copinage ».
Pour La Stampa : « Le gouvernement fait la guerre à un monde qu’il cherchait à séduire »
La Stampa, quotidien italien très engagé dans l’opposition à la nomination de Beatrice Venezi, estime que cette affaire « provoque des dommages collatéraux à tous les opéras italiens. Le gouvernement se dirige droit vers un affrontement avec un monde suffisamment ingrat pour se rebeller contre son népotisme ».
Le journal constate que « le gouvernement a placé des personnes politiquement compatibles à la tête de diverses institutions (Gênes, Trieste, Bologne, Venise, Naples, Bari), ou du moins des personnes non hostiles », et estime que « le gouvernement fait la guerre à un monde qu’il cherchait à séduire. Et malheureusement, le théâtre musical est un milieu délicat et sensible, qui exige expertise, culture et tact ».
Beatrice Venezi soll künftig das traditionsreiche Gran Teatro La Fenice in Venedig leiten. Bekannt wurde die Dirigentin nicht durch ihr künstlerisches Wirken. Aber sie passt ins Reformkonzept der Regierung von Giorgia Meloni. https://t.co/vmzcEtgtom
— NZZ (@NZZ) February 5, 2026
Une controverse qui dépasse les frontières italiennes. Ainsi le journal suisse Neue Zürcher Zeitung estime qu’ « En Italie, l’opéra se retrouve pris dans les griffes de la politique », tandis que le magazine allemand spécialisé Opernwelt écrit : « On cherche en vain les raisons artistiques de la nomination de Venezi ».
Philippe Gault
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