Ce récital atypique mais soigneusement pensé du pianiste germano-russe renouvelle notre écoute de la Sonate en si mineur de Liszt.
Les grandes salles internationales se disputent les venues du pianiste germano-russe Igor Levit, qui compte parmi l’élite internationale du clavier. Bien que très à l’aise dans son époque (il est extrêmement présent sur les réseaux sociaux et dans de nombreux engagements civiques), c’est un artiste qui préfère la profondeur à la précipitation.
Ce double album a beau s’intituler « fantaisie », c’est d’abord d’architecture qu’il s’agit : une cathédrale, ses façades (Sonate en si mineur de Liszt, Fantasia contrappuntistica de Busoni) et leurs arcs-boutants (Fantaisie chromatique et fugue de Bach, Sonate op. 1 de Berg) ; ne manquent ni la gargouille (Der Doppelgänger de Schubert/Liszt), ni la flèche (célébrissime « Air » de la Troisième Suite de Bach).
Une technique déliée, digne d’un Marc-André Hamelin
Frappe le jeu ciselé, d’une rare économie de pédale d’Igor Levit. Un legato purement digital, fruit d’habiles substitutions, gouverne la main droite dans l’Air de Bach, la main gauche posant ses pizzicatos de contrebasse. Partisan du dessin plus de que de la couleur, il déconstruit la Sonate en si mineur.
Pour autant, le Grandioso ne manque pas d’envergure, quand le thème de Marguerite se déploie sans rubato de complaisance : chaque motif se découpe avec précision de la trame générale. Une technique déliée, digne d’un Marc-André Hamelin, autorise ces fulgurances dégraissées dont les trajectoires consacrent, a posteriori, la cohérence. Certains regretteront l’absence du grand souffle romantique ; ce défaut, à un tel degré d’intelligence, devient une qualité.
Jérémie Bigorie
Igor Levit : Fantasia (œuvres de Bach, Busoni, Liszt, Schubert). Sony (2 CD)
Décernés chaque semaine, les Trophées Radio Classique priment un nouvel album, mis à l’honneur notamment dans l’émission « Tous Classiques » de Christian Morin.