Un tableau peint au début du XVIIIe siècle, représentant un opéra de Jean-Baptiste Lully à l’Académie royale de musique de Paris, sera proposé aux enchères par Christie’s le 18 novembre. Il s’agit d’une très rare iconographie permettant de découvrir l’intérieur de ce théâtre, ancêtre de l’Opéra de Paris, détruit par un incendie en 1763.
En 1673, après la mort de Molière, sa troupe est contrainte de quitter la salle qu’elle occupait au théâtre du Palais-Royal à Paris. Jean-Baptiste Lully, qui avait la mainmise sur la musique sous Louis XIV, décide alors d’y installer l’Académie royale de musique dont il avait le privilège depuis 1672. Lully fait transformer la salle par Carlo Vigarani qui l’aménage en s’inspirant des théâtres d’opéra italiens.
L’architecte et scénographe italien s’attaque d’abord à la scène dont il agrandit le proscenium, installe des cintres ingénieux tandis qu’au sol des trappes sont aménagées. Il prévoit aussi une fosse spacieuse pour l’orchestre. Côté salle, il aménage trois espaces destinés au public : le parterre, derrière lequel il fait construire un amphithéâtre en bois avec des banquettes (pour les spectateurs assis), et trois rangs de loges.
Une composition qui accorde la même place tant à la scène qu’à la salle
Les recherches de la musicologue Barbara Nestola suggèrent que le tableau, mis en vente par Christie’s le 18 novembre à Paris, illustre une représentation de Bellérophon, l’opéra de Jean-Baptiste Lully sur un livret de Thomas Corneille et Bernard de Fontenelle. Cette oeuvre, réalisée par un peintre non identifié au début du XVIIIe siècle est un témoignage rare, puisque jusqu’à présent, la seule iconographie permettant de connaître l’intérieur de la salle de l’Académie royale de musique, détruite par un incendie en 1763, est un tableau de Gabriel de Saint-Aubin peint en 1761.
L’œuvre proposée par la maison de vente parisienne dans le cadre d’une nouvelle édition de « The Exceptional Sale », présente une composition qui accorde la même place tant à la scène qu’à la salle. Selon Barbara Nestola, elle donne ainsi un aperçu détaillé des différentes parties du théâtre, de droite à gauche : la scène (l’acte III, qui se déroule dans le vestibule du temple d’Apollon avant le sacrifice), où se tiennent les interprètes; la fosse, où se situe l’orchestre; le parterre, où sont les spectateurs debout; les loges, où trouvent place les spectateurs assis.
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Le tableau montre également avec brio cette vivacité côté public, presque en juxtaposition avec les postures statiques des chanteurs sur la scène. Le regard des spectateurs ne converge d’ailleurs pas collectivement vers cette dernière.
Le public pourra découvrir gratuitement cette œuvre, estimée à 40.000 euros, du 13 au 18 novembre chez Christie’s, 9 avenue Matignon (Paris 8e)
Philippe Gault
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