Une idée largement répandue sur le web voudrait que le compositeur attitré du Roi-Soleil soit l’initiateur d’une petite révolution instrumentale dans l’histoire de la musique : celle de l’orchestre moderne dont la forme la plus actuelle correspondrait de nos jours aux orchestres symphoniques. Mais qu’en est-il vraiment ?
Quand Jean-Baptiste Lully intègre la Cour de Louis XIV en 1653, il pénètre un monde où la musique était une affaire de bandes, de petits groupes de musiciens affectés à différents hauts-lieux de la Maison du Roi : la Grande Ecurie, la Chapelle et la Chambre du Roi. Chacun de ces lieux disposaient ainsi de ses propres effectifs et d’un type d’instrumentation qui lui était propre : une dominante d’instruments à vents pour la Grande Ecurie, des chanteurs accompagnés à l’orgue ou au clavier ainsi que de quelques cordes pour le service de la Chapelle et une majorité d’instruments à cordes – composé de plusieurs variétés de violons -pour la Chambre du Roi. C’est dans cette troisième section qu’il sera demandé à Lully de prendre la direction d’un ensemble crée en 1648 : les Petits Violons, connu aussi sous le nom de La Petite Bande.
Son objectif ? « Suppléer à l’insuffisance de talent de la grande bande » rappelle le musicographe Edouard Gregoir, une autre formation constituée de vingt-quatre violonistes qui avait la charge d’animer les divertissements et représentations officielles de la cour.
La musique, considérée comme un métier plutôt que comme un art
Comment expliquer cette insuffisance ? Pour le pianiste et critique musical Léon Kreutzer « La carrière musicale n’était alors parcourue que par des gens d’une classe inférieure, qui ne se considéraient pas comme exerçant un art, mais plutôt un métier. »
Avec Lully au bâton de la Petite Bande – il faudra attendre le XIXème siècle pour que la baguette de chef d’orchestre voit le jour ! – c’est une première tentative de professionnalisation qui se dessine, le compositeur important de nouvelles techniques de jeu, imposant des modèles de rythme à suivre, intégrant des instruments à vent et voyant dans ses effectifs l’apparition de membres permanents grâce aux subventions accordées par le Roi : insufflant un esprit de corps là où il n’y avait qu’une somme d’individualités dédiée jusqu’à alors non à un art, mais à une activité. Là réside sans doute ce qui favorisera l’émergence de l’orchestre moderne.
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Fort de ses succès de chef de musique et de ses tournées européennes avec son ensemble, Jean-Baptiste Lully prendra par la suite la direction de la Grande Bande, et regroupera, à l’occasion de grands concerts, les différents effectifs appartenant à la Maison du Roi, voyant ainsi se former, dans un même espace de jeu, une masse orchestrale composée de plusieurs familles d’instruments ! D’où le fait que Lully soit souvent considéré comme l’instigateur de l’orchestre moderne, un ensemble musical qui devra toutefois attendre le siècle d’après pour connaître un vrai déploiement.
Clément Serrano
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