Musique classique : Un livre raconte la résistance du président de Deutsche Grammophon face à Goebbels pour sauver le label

Dans son livre, L’Honneur des miens, Christian Curtil raconte comment son grand-père Walter Betcke, président de Deutsche Grammophon en 1932, a résisté à toutes les manœuvres de Joseph Goebbels pendant le Troisième Reich et a sauvé le célèbre label allemand qui représentait pour lui « l’universalité de la culture ».

Le livre signé Christian Curtil, paru aux éditions Plon fin septembre, est avant tout, comme l’indique son titre L’Honneur des miens, un hommage à ses grands-parents qui se sont opposés au pouvoir nazi jusqu’à la fin de la Deuxième guerre mondiale. Mais il raconte surtout comment son grand-père Walter Betcke, président de Deutsche Grammophon (DG) à l’époque, a tout fait pour éviter que la société soit mise au pas par les dirigeants du Troisième Reich.

Ex-directeur juridique du grand label allemand, Walter Betcke en est nommé président en 1932, trois semaines seulement avant la prise de pouvoir des nazis et l’avènement de Joseph Goebbels, proche d’Adolf Hitler, qui deviendra l’un des hommes les plus puissants du Troisième Reich. Durant tout son mandat, jusqu’en 1945, le ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande n’aura de cesse de soumettre Deutsche Grammophon et son dirigeant à son obsession de vouloir fusionner la maison de disque avec la Société nationale de Radiodiffusion avec pour objectif de contrôler la diffusion de la musique, mais aussi pour s’approprier les bénéfices de l’industrie du disque afin de financer les immenses besoins du ministère.

Walter Betcke intenta et gagna un procès contre Goebbels

Pour tenter d’arriver à ses fins, Goebbels n’hésita pas a employer tous les moyens mis à sa disposition et aux méthodes les plus radicales. Ayant échoué à rattacher DG de manière informelle au ministère de la Propagande, il multiplia les pressions sur son président, le contraignant notamment à prendre la carte du parti national-socialiste (NSDAP, futur parti nazi) ce qui posa, on l’imagine, des problèmes à Walter Betcke, surtout après la libération.

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Mais c’est surtout sur le terrain juridique, contrôlé en grande partie par le pouvoir nazi, que s’est jouée la survie de la maison de disque, créée à Hanovre en 1898. Alors que Goebbels l’accusait de « s’opposer aux intérêts majeurs du Troisième Reich » et avait privé DG de contrats de paiement de droits, Walter Betcke, ancien avocat, n’eut d’autre recours que d’intenter en 1935 un procès à l’encontre de la Société de Radiodiffusion d’État contrôlée par le ministère de la propagande.

Une procédure qu’il perdit en première instance et en appel, mais gagna en 1936 devant le Reichsgericht (Cour impériale). Pendant tout ce temps, lui et sa famille ont dû subir intimidations, descentes de la Gestapo, menaces de déportation…

Walter Betcke dirigea Deutsche Grammophon jusqu’en 1965

Le livre de Christian Curtil fourmille également d’anecdotes détaillées sur le contexte historico-politique que son grand-père a su habilement appréhender et contourner pour sauver son entreprise. Comment par exemple, avec sa femme, il a abrité chez lui des employés juifs de DG ou pourquoi la Société de Radiodiffusion allemande diffusa le deuxième mouvement de la 7e symphonie d’Anton Bruckner le 30 avril 1945, juste après la mort d’Adolf Hitler.

Interdit après la fin de la guerre de reprendre la direction de l’entreprise pendant un an (à cause de son adhésion, pourtant contrainte, au NSDAP en 1933) Walter Betcke fut totalement blanchi et redevint président de Deutsche Grammophon en 1946, jusqu’à sa retraite en 1965.

Philippe Gault

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