Dans un entretien accordé au Times, Jonas Kaufmann annonce qu’il n’a plus les moyens ou l’envie de se produire au Metropolitan Opera de New York ni au Royal Ballet & Opera de Londres. Le ténor allemand se dit également inquiet pour la nouvelle génération de chanteurs.
Jonas Kaufmann est, en général, optimiste et confiant concernant son métier et sa propre carrière. Mais c’est un chanteur plutôt désabusé qu’on va découvrir dans l’entretien qu’il a accordé au Times et qui sera diffusée sur BBC Radio 3 dans la soirée du vendredi 2 janvier. Dans cette interview, le ténor allemand de 56 ans confie notamment qu’il ne veut plus chanter dans deux des plus grandes maisons d’opéra du monde qui l’ont pourtant propulsé à l’international en 2006.
Concernant, Covent Garden à Londres où le chanteur avait ébloui le public du RBO (ex-Royal Opera House) cette année-là dans Carmen de Georges Bizet, Jonas Kaufmann constate que depuis le départ d’Antonio Pappano, directeur musical jusqu’en 2024, il n’y est plus invité. Il estime surtout que chanter en Angleterre n’est pas assez rentable. « À Londres, on voit les cachets (limités, ndlr) et le prix exorbitant des loyers, je ne sais pas comment on peut faire (…) Je pense qu’on doit être payé pour ce qu’on fait », confie-t-il, précisant qu’il n’a aucun engament prévu au Royaume-Uni.
« Je refuse de signer des contrats cinq ans à l’avance »
À propos du Met Opera, qui le révéla au public américain en février 2006 au côté d’Angela Gheorghiu dans La Traviata de Giuseppe Verdi, Jonas Kaufmann invoque d’autres raisons sur ses réserves encore plus radicales à l’encontre de l’institution new-yorkaise. « J’ai été très choqué par la façon dont ils ont traité le chœur et l’orchestre pendant la pandémie (de Covid-19). Ils n’ont pas été payés du tout. Des musiciens ont dû quitter New York ou retourner vivre chez leurs parents. J’ai donné un concert en direct sur Internet et j’ai demandé aux auditeurs de faire un don. Ça n’a pas été bien accueilli », se rappelle-t-il.
A lire aussi
Le ténor allemand critique également le système en vigueur au Met qui consiste à « réserver » les chanteuses et chanteurs des années à l’avance. « C’est contraire à l’essence même de la démarche artistique. Demandez à un peintre de choisir ses thèmes pour les cinq prochaines années alors qu’il ignore même ce qu’il fera dans trois mois. Il a besoin de ce processus créatif. Dans notre métier, la créativité est très difficile et limitée. Je refuse de signer des contrats cinq ans à l’avance », s’insurge-t-il.
Dans cet entretien, Jonas Kaufmann se déclare également inquiet pour la prochaine génération de chanteurs. Il estime que c’est « la fin d’un âge d’or », ajoutant : « Je plains sincèrement la jeune génération. Je dis aux jeunes chanteurs : ne vous lancez que si vous êtes vraiment passionnés. Il y a une chance sur mille de gagner sa vie ! ».
Philippe Gault
Retrouvez l’actualité du Classique
Suisse : Lorenzo Viotti sera le nouveau directeur musical de l’Opéra de Zurich à partir de 2028
Le Festival de La Roque d’Anthéron se dote d’un nouveau Comité Artistique
Le Théâtre des Champs-Élysées offre 1300 places aux Restos du Cœur pour la saison 2025-2026
Le Kennedy Center va être renommé Trump-Kennedy Center : la famille de JFK crie au scandale