Un incroyable concours de circonstances permet de retrouver la trace d’un violoncelle disparu pendant la 2nde Guerre mondiale

Crédit : Concours Reine Elisabeth

Depuis 2 ans, un jeune violoncelliste australien joue avec un instrument signé Nicolo Gagliano, fabriqué vers 1720, dont il ignorait l’étonnant parcours. Ce violoncelle de grande valeur avait disparu quelques années après l’arrestation dans le sud de la France en 1944 du violoncelliste et compositeur juif hongrois Pál Hermann.

Tout est bien qui finit bien. Fin septembre à Londres, lors d’une rencontre organisée par la BBC, Corrie Hermann, une vieille dame de 93 ans venue spécialement des Pays-Bas, a pu entendre le son du violoncelle qui avait appartenu à son père et dont elle ignorait ce qu’il était advenu depuis 80 ans.

Un violoncelle à l’histoire étonnante. Fabriqué vers 1720 par le luthier napolitain Nicolo Gagliano, l’instrument avait été acheté au début des années 1920 par le violoncelliste et compositeur juif hongrois Pál Hermann.

Lors de son arrestation dans le sud de la France par les nazis en mai 1944, avant sa déportation et sa mort en camp de concentration, le violoncelle avait été discrètement récupéré par un membre de la famille. On sait que l’instrument fut vendu en 1952 au violoncelliste allemand Kurt Herzbruch qui le revendit en 1960. C’est à partir de cette année qu’on perd la trace du fameux violoncelle.

Retrouvé grâce au concours Reine Elisabeth !

Ce Gagliano, Sam Lucas, jeune violoncelliste australien, joue avec depuis que la Robert Schumann Hochschule de Düsseldorf, où il étudie, le lui a prêté pour deux années mais sans savoir quelle est son émouvante histoire. Et c’est grâce à un concours de circonstance invraisemblable qu’on a fini par reconstituer son parcours et permettre ainsi à Corrie Hermann d’entendre Sam Lucas jouer du violoncelle de son père, 80 ans après sa disparition.

Entre temps, la violoncelliste et musicologue londonienne Kate Kennedy avait entrepris des recherches sur plusieurs violoncelles d’importance historique, y compris le fameux Nicolo Gagliano, pour la rédaction de son livre Cello: A Journey Through Silence to Sound.

Un violoncelliste chinois retrouve la trace du précieux instrument

Des recherches auxquelles avait participé le célèbre violoncelliste chinois Jian Wang qui s’est souvenu qu’en juin 2022, alors qu’il était membre du jury du prestigieux Concours Reine Elisabeth à Bruxelles, il s’était intéressé de près au superbe violoncelle d’un des 350 candidats qui participait à la compétition.

Et qui était ce concurrent ? Justement… Sam Lucas. Jiang Wang fait alors le rapprochement et en parle à son ami, le violoncelliste anglais Julian Lloyd Webber qui établit le contact entre le musicien australien et la musicologue.

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Tous deux se sont retrouvés sur le scène du Wigmore Hall de Londres le 29 septembre et ont joué ensemble lors d’un concert organisé pour le lancement du livre, en présence de Corrie Hermann.

Philippe Gault

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