« On manque de respect à Verdi » : Le chef d’orchestre Riccardo Muti défend la profondeur du compositeur italien

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Alors qu’il dirige Macbeth à Turin, Riccardo Muti a redit lors d’une conférence de presse tout son amour pour l’opéra italien. Le grand maestro italien a insisté sur l’œuvre de Giuseppe Verdi, trop souvent réduite, selon lui, à « une banale virtuosité ».

Du 24 février au 7 mars, Riccardo Muti va diriger au Teatro Regio de Turin Macbeth de Giuseppe Verdi avec le baryton Luca Micheletti dans le rôle-titre et dans une mise scène de sa fille Chiara Muti. Un véritable événement pour la cité piémontaise dans laquelle le maestro italien de 84 ans ne s’était plus produit depuis des années, alors qu’il se consacre plutôt désormais à la direction d’orchestres de prestige à travers le monde.

C’est donc dans une salle bondée qu’a été donnée le 19 février une conférence de presse pour présenter cette production. Comme souvent Riccardo Muti a fait le spectacle, alternant humour et ironie, comme lorsqu’il déclare qu’il est heureux d’être de retour à Turin « même si on y mange trop de chocolat », et gravité quand il prend la défense de l’opéra italien qu’il juge « menacé » et pour lequel il lutte afin qu’il soit considéré « non comme un simple divertissement, mais comme un art de la plus haute qualité ».

Riccardo Muti : « Verdi est bien plus profond. Il s’adresse à l’être humain par la musique »

Riccardo Muti s’est surtout longuement attardé sur l’ensemble de l’œuvre de Giuseppe Verdi qu’il juge dévalorisée. « Lorsqu’il va écouter Wagner ou même Mozart, le public adopte une approche culturelle. En revanche, lorsqu’on va écouter Verdi, on s’attarde souvent sur la durée des notes aiguës. On lui manque presque de respect, réduisant tout à une banale virtuosité », a-t-il dénoncé, ajoutant avec véhémence : « Rien n’est plus faux. Verdi est bien plus profond. Il s’adresse à l’être humain par la musique, avec une adhésion absolue du texte à la musique grâce à une attention au détail qui semble parfois presque impossible à atteindre ».

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Dans sa démonstration, le maestro Muti a rappelé qu’il a consacré une grande partie de sa carrière à l’étude et à l’interprétation des répertoires de Verdi et Mozart et a relevé « des points communs entre les deux musiciens dans leur approche des récitatifs. Il n’y aurait pas de récitatif de Verdi sans celui de Mozart », ajoutant : « Ignorer tout cela est, à mon sens, un grave affront à notre culture. Je ne prétends pas détenir la vérité absolue, mais je me suis toujours efforcé de faire en sorte que ce répertoire soit interprété avec plus de respect. C’est un engagement de toute une vie ».

« La musique ne doit pas être un simple divertissement, mais un moyen d’élévation » souligne Riccardo Muti

Lors de cette conférence de presse le chef d’orchestre italien a interpelé les nombreux jeunes gens présents dans la salle auxquels il a rappelé que « le public d’aujourd’hui sera, on l’espère, le public de demain », et que « la musique ne devait pas être un simple divertissement, mais un moyen d’élévation, capable de conduire à l’harmonie et à la Beauté avec un grand B, rempart contre l’agression et la violence ».

Également interrogé sur la polémique qui secoue le milieu culturel italien à propos de la nomination de Beatrice Venezi à la Fenice de Venise, Riccardo Muti a déclaré « Je ne l’ai jamais vue diriger, je ne peux donc pas me prononcer. Qu’elle dirige, et ensuite les différents orchestres et chœurs décideront ! ».

Philippe Gault

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